mercredi 28 septembre 2011

Ce serait bête de mourir dans un ascenseur...


Oui, en effet, ce serait plutôt bête. Vous allez me dire qu'il n'y a pas tant que ça d'accidents avec les ascenseurs, et encore moins des accidents mortels...
Et pourtant...
Avant d'expliquer le pourquoi du comment, je tiens d'abord à préciser qu'avant d'arriver à Buenos Aires, je n'avais absolument aucune phobie des ascenseurs ni ne souffrais d'aucune forme de claustrophobie, ou de peur du vide - sauf si vous me demandez de sauter en parachute, mais là n'est pas la question.
Dès le premier jour, j'avais remarqué que les ascenseurs étaient plutôt particuliers par ici. Déjà, ils ont tous l'air de dater du XVIIIème siècle (comment ça, ça n'existait pas à l'époque ?). Il y en a qui ont un certain charme, tu as l'impression de te promener dans un palais royal et tu t'attends presque à ce qu'un majordome vienne te réceptionner à l'étage en exécutant maintes courbettes. Mais pour les autres, le côté vieillot ne leur réussit pas. Cela a plutôt tendance à ébranler toute la confiance que tu avais envers ce genre de machines.
Ensuite, si tu te contentes d'appuyer sur le bouton qui appelle l'ascenseur et d'attendre que les portes s'ouvrent magiquement devant toi, hé bien... tu peux toujours attendre. Non, ici, tu ouvres manuellement une première porte puis une deuxième, celle de l'ascenseur, et pour pouvoir redémarrer il faut fermer les deux.
Jusque-là, rien d'extraordinaire. Une fois, j'ai tenté d'ouvrir la première porte alors que l'ascenseur n'était pas là - pas de pulsion suicidaire, je vous rassure, c'était juste pour m'assurer qu'il y avait un minimum de sécurité - et à mon soulagement, cela n'était pas possible. 
Une autre fois, je me suis fait la réflexion que l'ascenseur pouvait être l'outil rêvé pour faire une mauvaise blague, ou pour embêter son voisin. 
Votre voisin du dessus vous tape sur le système à faire la bamboula tous les jours ? 
1. Guettez le moment où il sort de chez lui pour faire ses courses. 
2. Dès qu'il est parti, appelez l'ascenseur au 18ème étage et ouvrez les deux portes de celui-ci. 
3. L'ascenseur bloqué, le mauvais garçon sera obligé de grimper les escaliers chargé comme un mulet.
Non, non, il n'y a pas de vécu derrière cela. C'est juste que je me suis rendue compte des immenses possibilités qu'offrait l'appareil en entendant quelqu'un crier "LA PUERTAAAAAA" au rez-de-chaussée tandis qu'emportées par notre conversation, Julia et moi avions malencontreusement oublié de refermer la porte de l'ascenseur, au 7ème étage.
Bref, jusqu'à ce que je lise Héros et tombes d'Ernesto Sabato, les ascenseurs me faisaient plutôt rire. Depuis... C'est davantage un rire jaune.  
Dans ce bouquin, il y a un personnage qui s'applique à te montrer point par point que les aveugles forment une secte très puissante punissant tous ceux qui les contrarient ou qui essaient de les approcher d'un peu trop près. C'est tellement bien fait que tu te dis : soit l'auteur a lui aussi un problème avec les aveugles, soit il a une imagination débordante. Je misais sur l'imagination débordante. J'en étais d'autant plus convaincue en lisant le passage relatant une histoire particulièrement sordide. Une histoire d'ascenseur... Un ascenseur d'une grande maison où un couple reste coincé suite à une coupure d'électricité. Leurs corps sont retrouvés trois mois après, morts, bien évidemment. 
Glauque. D'autant plus glauque que Sabato construit toute une histoire autour de ce fait divers, comme quoi ce serait la vengeance d'un des aveugles de la Secte, qui obligeait la fille à se prostituer autrefois et qui la punit ensuite de s'être rebellée puis mariée. Selon lui, c'était tout calculé, le majordome de la maison aurait guetté non pas le moment où le voisin irait faire ses courses mais le moment où le couple entrerait dans l'ascenseur. Il aurait ensuite coupé l'électricité et serait parti, laissant la maison vide puisque les propriétaires étaient partis en vacances. Viennent ensuite tous les détails horribles de la captivité forcée, les cris, la soif, la faim, la puanteur des excréments, puis le mari qui finit par manger sa femme. Bref, j'espère que vous ne lisez pas ça au petit-déjeuner, cela a de quoi couper l'appétit. Je dois aussi avouer qu'après avoir lu ça, j'ai eu un instant d'hésitation avant de monter dans l'ascenseur. Une fois arrivée en bas - entière et vivante, ouf - j'ai failli laisser échapper un cri en voyant un aveugle passer devant chez moi. Paranoïa bonjour, merci Sabato.
Les jours suivants, je relativise et me dis que ce n'est qu'un livre, après tout. Je raconte l'histoire à Laura, une jeune qui travaille à l'association.
"Aaah, mais c'est une histoire vraie, ça !"
Je trébuche.
"P... Pardon ?
Ouais, ouais, il y a une histoire comme ça à Buenos Aires, un couple a été retrouvé mort dans un ascenseur après que les propriétaires soient partis en vacances." dit-elle naturellement.
Tout à coup, toutes mes théories sur l'imagination débordante de l'auteur tombent à l'eau. Je ne peux m'empêcher de penser que si ça se trouve, l'histoire de la vengeance, c'est aussi une histoire vraie. Et que les aveugles... 
A la limite, les aveugles, il n'y en a pas tant que ça, tu peux les éviter. Les ascenseurs, par contre... Surtout dans une ville comme Buenos Aires, surtout si tu habites dans le centre et surtout si tu travailles dans le centre (ah tiens, comme moi, quelle coïncidence !).
Si par malheur tu es claustrophobe, soit tu es fortement discriminé, soit tu as une forme physique d'enfer. Un peu comme l'héroïne du film argentin Medianeras  (petite note culturelle au passage, ce film est vraiment génial !).
Dans ce film, il y a une scène où un mec invite cette jeune claustrophobe à manger dans un restaurant panoramique situé au 20ème étage - autant inviter un aveugle au cinéma - et le pauvre garçon se retrouve obligé d'entamer l'ascension des escaliers avec elle. A la moitié, il craque, prend l'ascenseur pour l'attendre en haut. La fille, elle, continue de monter les escaliers. Alors qu'elle est presque arrivée, elle s'arrête, et redescend tout en courant. Et avec ça je sens que je vous ai trop donné envie d'aller voir le film.

Medianeras, coup de cœur du public au festival d'Amérique latine de Toulouse
Quand j'ai vu le film en mars dernier, je me suis dit que c'était vraiment une phobie absurde, ou plutôt que c'était absurde de vivre dans une mégapole avec cette phobie. J'ai revisité ma position depuis. Depuis ce jour où, en sortant tranquillement du bureau de l'association, m'apprêtant à prendre l'ascenseur, j'ai vu qu'il y avait des LITRES d'eau qui tombaient du haut de l'ascenseur, venant visiblement de l'étage supérieur. Les chutes du Niagara à l'intérieur de l'immeuble ! Je me suis donc précipitée sur les escaliers, ne pouvant pas non plus utiliser l'autre ascenseur qui depuis plusieurs jours était bloqué à la moitié de la porte fixe, sans que cela ne semble inquiéter personne.
Ok, à présent je retire ce que j'ai dit. La phobie des ascenseurs n'est pas absurde. Surtout si la personne concernée habite Buenos Aires.
A part ça, tout va bien, je vais bien. On se revoit en décembre. Sauf si...

Avouons-le, ce serait bête.

3 commentaires:

  1. NON, Juliette, On a déjà quelqu'un phobique aux particularités physiques, ne t'y mets pas, S'IL TE PLAIT.

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  2. Dis-moi ma Juliette, j'espère que tu n'as pas peur pour de vrai maintenant dans les ascenseurs et que c'est juste pour les besoins de l'histoire..... RK

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  3. @Lab : t'inquiète, je suis aussi d'avis qu'un phobique dans le groupe, ça suffit !

    @Anonyme (tiens, tiens, je me demande VRAIMENT qui ça peut être !) : pour les besoins de l'histoire, bien sûr :)

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