mercredi 28 septembre 2011

Ce serait bête de mourir dans un ascenseur...


Oui, en effet, ce serait plutôt bête. Vous allez me dire qu'il n'y a pas tant que ça d'accidents avec les ascenseurs, et encore moins des accidents mortels...
Et pourtant...
Avant d'expliquer le pourquoi du comment, je tiens d'abord à préciser qu'avant d'arriver à Buenos Aires, je n'avais absolument aucune phobie des ascenseurs ni ne souffrais d'aucune forme de claustrophobie, ou de peur du vide - sauf si vous me demandez de sauter en parachute, mais là n'est pas la question.
Dès le premier jour, j'avais remarqué que les ascenseurs étaient plutôt particuliers par ici. Déjà, ils ont tous l'air de dater du XVIIIème siècle (comment ça, ça n'existait pas à l'époque ?). Il y en a qui ont un certain charme, tu as l'impression de te promener dans un palais royal et tu t'attends presque à ce qu'un majordome vienne te réceptionner à l'étage en exécutant maintes courbettes. Mais pour les autres, le côté vieillot ne leur réussit pas. Cela a plutôt tendance à ébranler toute la confiance que tu avais envers ce genre de machines.
Ensuite, si tu te contentes d'appuyer sur le bouton qui appelle l'ascenseur et d'attendre que les portes s'ouvrent magiquement devant toi, hé bien... tu peux toujours attendre. Non, ici, tu ouvres manuellement une première porte puis une deuxième, celle de l'ascenseur, et pour pouvoir redémarrer il faut fermer les deux.
Jusque-là, rien d'extraordinaire. Une fois, j'ai tenté d'ouvrir la première porte alors que l'ascenseur n'était pas là - pas de pulsion suicidaire, je vous rassure, c'était juste pour m'assurer qu'il y avait un minimum de sécurité - et à mon soulagement, cela n'était pas possible. 
Une autre fois, je me suis fait la réflexion que l'ascenseur pouvait être l'outil rêvé pour faire une mauvaise blague, ou pour embêter son voisin. 
Votre voisin du dessus vous tape sur le système à faire la bamboula tous les jours ? 
1. Guettez le moment où il sort de chez lui pour faire ses courses. 
2. Dès qu'il est parti, appelez l'ascenseur au 18ème étage et ouvrez les deux portes de celui-ci. 
3. L'ascenseur bloqué, le mauvais garçon sera obligé de grimper les escaliers chargé comme un mulet.
Non, non, il n'y a pas de vécu derrière cela. C'est juste que je me suis rendue compte des immenses possibilités qu'offrait l'appareil en entendant quelqu'un crier "LA PUERTAAAAAA" au rez-de-chaussée tandis qu'emportées par notre conversation, Julia et moi avions malencontreusement oublié de refermer la porte de l'ascenseur, au 7ème étage.
Bref, jusqu'à ce que je lise Héros et tombes d'Ernesto Sabato, les ascenseurs me faisaient plutôt rire. Depuis... C'est davantage un rire jaune.  
Dans ce bouquin, il y a un personnage qui s'applique à te montrer point par point que les aveugles forment une secte très puissante punissant tous ceux qui les contrarient ou qui essaient de les approcher d'un peu trop près. C'est tellement bien fait que tu te dis : soit l'auteur a lui aussi un problème avec les aveugles, soit il a une imagination débordante. Je misais sur l'imagination débordante. J'en étais d'autant plus convaincue en lisant le passage relatant une histoire particulièrement sordide. Une histoire d'ascenseur... Un ascenseur d'une grande maison où un couple reste coincé suite à une coupure d'électricité. Leurs corps sont retrouvés trois mois après, morts, bien évidemment. 
Glauque. D'autant plus glauque que Sabato construit toute une histoire autour de ce fait divers, comme quoi ce serait la vengeance d'un des aveugles de la Secte, qui obligeait la fille à se prostituer autrefois et qui la punit ensuite de s'être rebellée puis mariée. Selon lui, c'était tout calculé, le majordome de la maison aurait guetté non pas le moment où le voisin irait faire ses courses mais le moment où le couple entrerait dans l'ascenseur. Il aurait ensuite coupé l'électricité et serait parti, laissant la maison vide puisque les propriétaires étaient partis en vacances. Viennent ensuite tous les détails horribles de la captivité forcée, les cris, la soif, la faim, la puanteur des excréments, puis le mari qui finit par manger sa femme. Bref, j'espère que vous ne lisez pas ça au petit-déjeuner, cela a de quoi couper l'appétit. Je dois aussi avouer qu'après avoir lu ça, j'ai eu un instant d'hésitation avant de monter dans l'ascenseur. Une fois arrivée en bas - entière et vivante, ouf - j'ai failli laisser échapper un cri en voyant un aveugle passer devant chez moi. Paranoïa bonjour, merci Sabato.
Les jours suivants, je relativise et me dis que ce n'est qu'un livre, après tout. Je raconte l'histoire à Laura, une jeune qui travaille à l'association.
"Aaah, mais c'est une histoire vraie, ça !"
Je trébuche.
"P... Pardon ?
Ouais, ouais, il y a une histoire comme ça à Buenos Aires, un couple a été retrouvé mort dans un ascenseur après que les propriétaires soient partis en vacances." dit-elle naturellement.
Tout à coup, toutes mes théories sur l'imagination débordante de l'auteur tombent à l'eau. Je ne peux m'empêcher de penser que si ça se trouve, l'histoire de la vengeance, c'est aussi une histoire vraie. Et que les aveugles... 
A la limite, les aveugles, il n'y en a pas tant que ça, tu peux les éviter. Les ascenseurs, par contre... Surtout dans une ville comme Buenos Aires, surtout si tu habites dans le centre et surtout si tu travailles dans le centre (ah tiens, comme moi, quelle coïncidence !).
Si par malheur tu es claustrophobe, soit tu es fortement discriminé, soit tu as une forme physique d'enfer. Un peu comme l'héroïne du film argentin Medianeras  (petite note culturelle au passage, ce film est vraiment génial !).
Dans ce film, il y a une scène où un mec invite cette jeune claustrophobe à manger dans un restaurant panoramique situé au 20ème étage - autant inviter un aveugle au cinéma - et le pauvre garçon se retrouve obligé d'entamer l'ascension des escaliers avec elle. A la moitié, il craque, prend l'ascenseur pour l'attendre en haut. La fille, elle, continue de monter les escaliers. Alors qu'elle est presque arrivée, elle s'arrête, et redescend tout en courant. Et avec ça je sens que je vous ai trop donné envie d'aller voir le film.

Medianeras, coup de cœur du public au festival d'Amérique latine de Toulouse
Quand j'ai vu le film en mars dernier, je me suis dit que c'était vraiment une phobie absurde, ou plutôt que c'était absurde de vivre dans une mégapole avec cette phobie. J'ai revisité ma position depuis. Depuis ce jour où, en sortant tranquillement du bureau de l'association, m'apprêtant à prendre l'ascenseur, j'ai vu qu'il y avait des LITRES d'eau qui tombaient du haut de l'ascenseur, venant visiblement de l'étage supérieur. Les chutes du Niagara à l'intérieur de l'immeuble ! Je me suis donc précipitée sur les escaliers, ne pouvant pas non plus utiliser l'autre ascenseur qui depuis plusieurs jours était bloqué à la moitié de la porte fixe, sans que cela ne semble inquiéter personne.
Ok, à présent je retire ce que j'ai dit. La phobie des ascenseurs n'est pas absurde. Surtout si la personne concernée habite Buenos Aires.
A part ça, tout va bien, je vais bien. On se revoit en décembre. Sauf si...

Avouons-le, ce serait bête.

jeudi 22 septembre 2011

De la milonga à Gotan Project, en passant par les premiers cours de tango...


Cela fait plus d'une semaine que le suspense est à son comble... Que vous trépignez d'impatience en attendant de savoir comment s'est passé ce premier cours de tango et que vous surveillez tous les jours ce blog dans l'espoir d'assouvir votre curiosité. Quoi ? J'exagère ? 
Toujours, voyons ! 
Quoiqu'il en soit, je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de tango ici, et cela fait pourtant entièrement partie de l'Argentine, de Buenos Aires, de son ambiance. Dès le premier week-end j'ai été fascinée, envoutée par cette danse, langoureuse, nostalgique, sensuelle, ou bien parfois dynamique, complice, cela dépend des styles. Je serai restée des heures à regarder tournoyer ce couple à Recoleta, à voir leurs jambes se croiser sans jamais se heurter, avec tant de fluidité et d'élégance qu'on pourrait penser qu'il s'agissait d'une chorégraphie. Sauf que le tango ne se chorégraphie pas, tout est une question de sentiments, de communion entre les deux partenaires, si bien que la fille comprend l'intention de son cavalier sans aucune parole, sans aucun regard - car leurs têtes sont tant rapprochées qu'ils ne peuvent se regarder. 
Autant dire qu'au début, tu restes bouche bée et tu te contentes de penser "Ce serait déjà un miracle si j'arrivais à marcher avec des chaussures comme ça"... Puis tu sautes sur chaque occasion de voir les gens danser le tango. Et il faut dire qu'ici les occasions ne manquent pas ! Chaque jour de la semaine, il doit bien y avoir une dizaine de lieux - sinon plus - à Buenos Aires où se tient une milonga (le nom donné aux soirées où les gens viennent pratiquer le tango au son d'un orchestre). Et il y en a pour tous les goûts. 
Depuis la plus traditionnelle - où les hommes s'assoient d'un côté et les femmes de l'autre - jusqu'aux plus modernes, où l'orchestre joue du tango nuevo dans un lieu plus underground. Je dois avouer que nous n'avons pas encore osé mettre les pieds dans les milongas traditionnelles. 
La Catedral, milonga style "under"
Les lieux plus under et plus jeunes, par contre, oui ! Et chaque fois, nous repartions avec des étoiles dans les yeux, répétant le même refrain "il faut qu'on apprenne, au moins il faut essayer" ! 
Plusieurs fois, des monsieurs en quête de cavalières nous ont invité à danser. Nous refusions gentiment, n'osant pas nous lancer sur la piste de danse sans au moins avoir appris la base antérieurement. Et il faut savoir que les argentins sont têtus. Lors de l'ouverture du festival international de tango, nous avons bataillé pendant près d'un quart d'heure avec un gars de 80 piges qui n'en démordait pas. La semaine suivante, lors de cette milonga "under y joven", Julia s'est laissée entraîner sur la piste de danse, et au bout de trois morceaux, son cavalier lui déclarait quasiment sa flamme : "Que dois-je faire pour conquérir le cœur d'une brésilienne ? Si no puedo verte más, me voy a morir !" (si, si, je vous jure, cette fois-ci je n'exagère pas !)
Nous sommes donc prévenues. L'Argentine, c'est la passion. Le tango en est l'expression. Et il ne faut pas croire que c'est un truc de vieux, une tradition qui se perd. Non, le tango est vivant, et il est multiple ! 
Il n'y a qu'à voir le groupe Gotan Project, qui s'amuse à associer tango et DJ, tango et rappeurs, tango et batterie ! Evidemment, ce n'est pas par hasard que je me mets à parler de ce groupe - qui a l'air d'être plus connu en France qu'en Argentine, soit dit en passant. Dès que nous avons vu qu'il passait à Buenos Aires, nous nous sommes empressées d'acheter les places ! Si bien que jeudi dernier, nous étions dans une salle immense, le Gran Rex, à l'avant-dernier rang, pour assister au show de Gotan Project. A ma grande surprise, je me suis rendue compte que tous les français ou presque de Buenos Aires avaient décidé de faire de même. Je jette un coup d'œil au flyer, et je vois qu'un des musiciens s'appelle Philippe Cohen. Ah ouais, d'accord, je vois. T'es grillé mon coco, en plus d'être français, tu m'as bien l'air d'être breton !
Gotan Project, jeudi dernier au Gran Rex
Enfin bon, le groupe avait beau être composé seulement pour moitié d'argentins, cela n'empêchait pas le spectacle d'être absolument génial ! Je crois pouvoir me déclarer aujourd'hui amoureuse du tango, sous toutes ses formes ! Il y a quelque chose de fascinant là-dedans, quelque chose qui s'avère difficile à expliquer avec des mots.
Et donc, le cours de tango, me direz-vous ? J'y viens, j'y viens ! Il y a un peu plus d'une semaine, nous avons enfin pris notre courage à deux mains pour assister au cours de tango qui précédait la milonga du café Vinilo. L'avantage, c'est qu'il s'agissait de l'inauguration d'une nouvelle milonga (et une de plus sur la liste déjà longue !), le risque d'arriver au sein d'un groupe déjà formé se trouvait donc écarté.
Enfin, sauf si nous arrivions en retard... Ce qui a été le cas, naturellement - ce genre d'habitude s'acquiert malheureusement très vite. Mais qu'importe, par chance il y avait des cavaliers de libres. Je me suis donc retrouvée aux bras d'un jeune porteño aussi barbu que Che Guevara (sinon plus), charmant toutefois, et qui a su me mettre en confiance pour esquisser mes premiers pas. 
Et c'est là que je me suis rendue compte que... En fait, ce n'est pas si difficile que cela. Pour la fille, du moins. Si tu tombes sur un mec qui sait déjà un peu danser, il n'y a plus qu'à se laisser guider. Bon, bien sûr, ce n'est pas pour autant que tu sais tout de suite faire des tours de passe-passe avec tes pieds et qu'il n'y a pas quelques petits accrocs de temps en temps... Mais il arrive que tu te surprennes toi-même, qu'à un moment, hop, le mec tourne un peu le torse et tu te mets à faire naturellement un pas que tu n'as jamais appris de ta vie ! Très instinctif, comme danse, en fait. Cette soirée-là, j'ai eu l'occasion de danser avec quatre personnes, et chaque fois c'était différent. 
J'ai dansé avec le Che !
Le premier partenaire, le Che Guevara barbu, même s'il n'était pas un danseur confirmé, savait écouter la musique et me faire sentir facilement quel pas il souhaitait exécuter, c'était donc une manière très agréable de débuter. Le deuxième, c'était le prof, qui jouait aux bouche-trous pour danser avec les filles se retrouvant seules. Ce fut bref, mais instructif. Normal, c'est le prof, et en plus de danser comme un dieu, il savait se mettre au niveau de ses élèves. 
Je découvris plus tard, après le cours, que mon troisième cavalier s'avérait être le saxophoniste de l'orchestre de la milonga. La classe ! Sauf que visiblement, il était bien plus doué pour jouer le tango que pour le danser. Débutant lui aussi, c'est là que tu te rends compte que dès que ton cavalier galère un peu, hé bien toi aussi tu sors les rames. On ne peut pas dire qu'on soit parvenus à quelque chose de très harmonieux, mais au moins on a essayé. Le quatrième cavalier était en fait le premier partenaire de Julia, d'un âge plus avancé, et bien qu'il affirmait savoir "très peu" danser, il en savait suffisamment pour savoir te guider parfaitement. C'est avec lui que je me suis retrouvée à faire des pas inconnus de façon plutôt naturelle !
Vu comme ça, je donne l'impression d'avoir dansé toute la soirée, mais en fait pas vraiment. Une heure de classe, une petite danse juste après, et le reste du temps nous l'avons passé à écouter l'orchestre jouer et regarder les quelques danseurs passionnés sur la piste de danse. Ce qui était tout aussi agréable !
Cette semaine nous avons voulu tester un autre type de cours, plus institutionnel, au sein d'une école de danse. Arrivant de nouveau avec 1/2h de retard - cela commence à devenir une habitude ! - nous nous sommes rendues compte que le professeur nous attendait. En effet, nous étions les seules élèves... Heureusement pour nous, il fut compréhensif (c'est dingue comme le trafic routier est dense à cette heure-ci !), et nous avons commencé aussi sec le cours. Autant la fois précédente nous avions dansé de manière très instinctive, intégrées à un groupe au niveau très hétérogène, autant là nous avons vraiment pu apprendre la base, décortiquer chaque mouvement, chaque transfert de poids d'un pied à l'autre (très important apparemment), et c'était tout aussi intéressant ! Sont arrivées peu de temps après deux autres brésiliennes, de passage à Buenos Aires pour apprendre l'espagnol et le tango. Ce quasi cours particulier fut vraiment à la hauteur de nos espérances, le professeur, qui s'avère en fait être un banquier consacrant son temps libre au tango, étant à la fois sympathique, pédagogique et didactique (allez, une petite rime au passage !). 
Maintenant, je peux enfin dire que c'est parti ! Kerjul va apprendre le tango, elle est très enthousiaste et très motivée ! Ceci-dit, la route est encore longue avant d'en arriver là : 



PS : Je dois tout de même préciser que les photos de La Catedral et de Gotan Project ne sont pas de moi.

lundi 12 septembre 2011

L'invasion des chinois


Certes, cela peut sembler une évidence de dire que les chinois ont envahi le monde. Mais je dois avouer que j'ai été surprise de constater qu'ils avaient aussi envahi Buenos Aires, et pas qu'un peu ! 
Il y a une proportion incroyable de chinois dans cette ville, et c'est possible que je revienne en France en ayant davantage mangé chinois qu'argentin. J'ai mis quelques temps à comprendre que quand quelqu'un disait "me voy al chino" [je vais au chinois], cela pouvait signifier deux choses - toutes deux en relation avec la bouffe, évidemment.
1. Premièrement, "Je vais à la supérette du coin de la rue". Oui, car ici, TOUTES les supérettes sont tenues par des chinois. Ce sont elles qui sont ouvertes le dimanche et parfois tard le soir, et on en trouve quasiment à chaque esquina [coin de rue], autant dire que c'est bien pratique. Il est donc courant de parler de "son chinois", car oui, tu as tendance à te l'approprier puisque tu le voies tous les jours ou presque pour acheter du lait ou des oeufs. 
Si certains ont parfaitement réussi leur intégration, d'autres ne connaissent que les chiffres en espagnol, afin de réclamer leur dû à la caisse. C'est d'ailleurs une source de grande frustration pour certains argentins qui aimeraient bien établir un lien un peu plus fort avec ces personnes qui font partie de leur quotidien. Une simple question comme "cela fait combien de temps que tu es à Buenos Aires ?" (et certainement que cela doit faire un bout de temps) et voilà que la petite asiatique perd son flegme légendaire et lance de silencieux appels au secours de ses yeux bridés. 


J'ai moi-même été confrontée à quelques soucis de communication avec "mon chinois". J'arrive à la caisse avec, entre autres, une bouteille de Quilmes (la bière argentine). Et voilà que mon chinois me pose une question que je ne comprends pas. Je lui demande de répéter, ce qu'il s'empresse de faire, mais cela ne permet pas plus d'éclairer ma lanterne. Et il répète, une fois, deux fois, trois fois... Toujours le même mot, mais impossible de comprendre. Je ne sais pas, dans ces cas-là, tu essaies de te faire comprendre par d'autre moyens, tu formules ta phrase autrement, tu gesticules, et AU PIRE tu fais un dessin. Mais non, lui répétait inlassablement la même chose, en montrant successivement du doigt le ticket qu'il venait d'imprimer et la bouteille de Quilmes. "Quoi, vous voulez savoir si j'ai le droit de boire de la bière ?" lui dis-je, mais devant ses gesticulations je comprends que ce n'est pas ça. 
J'ai finalement appris plus tard qu'il essayait désespérément de me faire comprendre que si je ramenais la bouteille vide ultérieurement, je n'aurais pas à payer le prix de la bouteille de la prochaine Quilmes, mais seulement le contenu... 


2. Ensuite, "me voy al chino" peut signifier "je vais au fast-food du coin". Sauf que fast-food n'est pas vraiment le terme exact pour décrire ces petits restaurants chinois, souvent végétariens (en sachant qu'ici végétarien veut surtout dire qu'il y a beaucoup de légumes, on ne va pas aller jusqu'à supprimer la viande voyons !), où la nourriture est à emporter. Car si la nourriture est bien fast, elle reste par contre plutôt saine. Et c'est là qu'on voit que les chinois sont très forts et qu'ils comprennent très vite les mœurs d'un pays. 
En France aussi il y a des petits restaurants chinois. Sauf que les chinois de France ont compris que la culture française appréciait d'avoir une table pour s'asseoir et un peu de vin, même lors de la pause-déjeuner en semaine. Pas question de se presser, le repas c'est sacré ! 
En Argentine, c'est un peu différent. Etant donné que les gens débarquent au travail entre 11h et midi, le concept de pause-déjeuner devient par conséquent un peu absurde. Alors quand on a un creux, on fait un saut au chinois et on revient manger au bureau devant son ordinateur. Les chinois d'Argentine se sont donc remarquablement bien adaptés à ce mode de vie. Tu arrives, tu prends une barquette en plastique, tu te sers de riz, nouilles chinoises, légumes, viande sucrée-salée ou ce que tu veux, tu pèses, tu payes et tu repars. En cinq minutes c'est plié. Mais le plus surprenant, c'est que dans ces fast-food chinois, qui regorgent aussi dans chaque rue près des bureaux, tu peux aussi trouver des empañadas, des milanesas et autres classiques de la nourriture argentine. Aaaaaah, décidément, ils ont tout compris ces chinois !
Alors, évidemment, comme toute grande ville qui se respecte, Buenos Aires possède son quartier chinois. Rien à voir avec celui de New York - le seul que je connaisse à vrai dire -  celui-ci se résume à trois cuadras. Mais nous avons choisi le bon moment pour y aller, dimanche dernier, car c'était jour de fête (pour la pleine lune si j'ai bien compris) ! Une fois de plus, le symbole d'une invasion - heu pardon d'une intégration - réussie des chinois. Au milieu de la foule, on pouvait admirer des dragons et autres bestioles étranges, au son de quelques tambours et gongs. 
Et puis de la nourriture à s'en faire exploser le ventre, bien sûr... Comme nous nous étions déjà gavées auparavant lors d'une fête brésilienne pour célébrer l'indépendance (rien à voir mais tout aussi blindé de monde et de mets locaux), nous nous sommes contentées de faire le plein de nouilles chinoises et de sushis - oui les sino-argentins ont aussi compris que la plupart des gens avaient tendance à mettre dans le même sac chinois et japonais -  dans une des épiceries spécialisées. Epicerie qui proposait aussi des empañadas, bien sûr, on n'est pas à une contradiction près. 
Et à propos de contradiction et de mélanges insolites, le festival de la lune s'est terminé sur quelque chose de très étrange... Un groupe de musique, entièrement composé d'asiatiques, qui jouait... du tango. Et des danseurs, eux aussi asiatiques, qui enchaînaient gracieusement les pas de cette danse ô combien sensuelle, qu'on a donc du mal à associer avec les asiatiques, pas vraiment réputés pour être des séducteurs irréductibles et démonstratifs. Et cela se défendait vraiment pas mal ! 
Me voilà rassurée, si les chinois aussi se mettent à danser le tango, je n'ai plus aucune raison de ne pas me jeter à l'eau. Et d'ailleurs... Premier cours de tango ce soir ! 


samedi 10 septembre 2011

Buenos Aires, ou comment faire un mini tour du monde en une après-midi


Maintenant que le festival est passé, que je suis bien installée dans un appartement, que je connais les gens qui vont m'entourer lors des quatre mois restants et que je commence à avoir la carte de Buenos Aires dans la tête, on pourrait penser que c'est l'heure d'installer une petite routine. 
Plaza de Mayo
Oui, on pourrait le penser... Mais en fait non. Ce serait triste d'installer une routine alors que je ne suis là que pour quatre mois ! Au contraire, c'est le moment de multiplier les projets, et puis surtout... de visiter la ville. Oui, visiter. Plus d'un mois que je suis arrivée et je n'ai toujours pas pris le temps de visiter Buenos Aires, entre les recherches d'appartement et la préparation du festival. 
En général, quand tu débarques dans une nouvelle ville pour t'y installer quelques temps, tu prends d'abord le temps de découvrir le lieu, d'aller voir les monuments principaux, histoire d'avoir des repères. Puis tu essaies de te faire quelques amis, puis tu te renseignes sur les sorties à faire, et puis après tu te mets à travailler. A vrai dire, j'ai fait exactement l'inverse ! A peine débarquée de l'avion que je me retrouvais déjà dans le bureau du stage pour commencer à travailler ! Amis et sorties, c'est à peu près venu en même temps. Quant au tourisme pur et simple... 
Ce n'est qu'hier, par exemple, que j'ai découvert la fameuse Plaza de Mayo ! Avec Julia, nous avons profité d'une des premières journées du printemps pour nous convertir en super-touristes-qui-prennent-tout-en-photo-et-qui-en-plus-prennent-la-peine-de-poser-devant-les-monuments. Mais attention, des touristes de luxe, siouplait ! Car on a enfin compris que Buenos Aires est une ville immense, et que si tu veux voir plusieurs choses durant la même après-midi sans t'effondrer sur le premier banc qui se présente pour reposer tes petits petons, il faut être un peu plus astucieux. 
Le vélo, bien sûr, le vélo ! Et comme la modeste surface de notre appartement ainsi que les sept étages à gravir pour s'y rendre ne nous permettent pas de stocker le moindre vélo - et encore moins deux - nous avons décidé de profiter des Vélib de la ville.

Alors évidemment, c'est un concept encore nouveau ici, il n'y a que quelques points dans la ville où on peut les retirer, à des horaires restreints et il faut être résident de Buenos Aires pour en bénéficier, car pour s'inscrire il faut présenter une facture de téléphone ou d'électricité.
Mais c'est gratuit ! Et puis nous sommes maintenant résidentes de Buenos Aires, haha !
Toutes fières, nous avons donc retiré notre premier vélo jaune. Et c'était parti pour un petit périple, en commençant par le port, nommé Puerto Madero ! Un port qui ne porte pas bien son nom d'ailleurs, car il y a finalement bien plus de ferraille que de bois (le mot madero signifiant bois). Même si je m'en doutais avant, c'est là que je me suis réellement rendue compte que Buenos Aires était une ville de paradoxes, de mélanges improbables... 

Ici se côtoient frégate du XIXème siècle et pont ultra-moderne, restaurants chics pour porteños aisés et petits bouibouis à l'hygiène douteuse. 

Et si tu traverses un des ponts, les contrastes n'en sont que plus saisissants. Buildings gigantesques, et puis derrière... la nature. Une immense nature dont tu ne vois pas le bout. C'est la réserve écologique. Les opposés situés à quelques mètres d'écart. En quelques coups de pédale, tu passes de New York à l'Afrique - car nature, oui, mais nature très très sèche. Il y avait d'ailleurs une fumée noire très suspecte au loin. 

Pas le moins du monde effrayées par l'immensité de la réserve - qui nous devenait accessible, grâce aux bicyclettes jaunes - nous nous sommes engouffrées dans un de ses chemins. Normalement, il est possible de voir des animaux. Je dois avouer que nous n'avons pas vu grand chose. Peut-être que le bruit effroyable des pauvres vélos de ville, non habitués aux chemins de terre, devait servir de signal à toutes les bestioles pour qu'elles se cachent. 

Cependant, en quelques minutes, nous avons pu atteindre l'autre rive et admirer l'horizon offert par le Rio Plata ! Dépaysement garanti, on a du mal à se rendre compte qu'à quelques centaines de mètres, il y a le bouillonnement de la ville. 
Mais de nouveau, l'Argentine et ses contrastes. Tu baisses les yeux, et tu te rends compte que la plage est couverte...  de déchets. Des détritus dans une réserve écologique, c'est tout de même le comble !
Le ventre commençant à crier famine, nous sommes revenues sur nos pas pour tester la fameuse bondiola dans un des nombreux bouibouis. En fait, c'est un peu comme un Subway, en plus rustique. Et avec un risque plus élevé d'intoxication alimentaire aussi, certainement. C'est un sandwitch avec de la viande (mais ici, cela tombe sous le sens, dans tous les sandwitch il y a de la viande, c'est tout de même la fierté des argentins !), puis tu rajoutes toi-même salades composées et sauce. 
Avec toutes ces histoires, nous en avions presque oublié l'heure. Ouuuuups, les vélib ! Car ils ont beau être gratuits, ce n'est pas non plus la fête, il y a une limite de deux heures. Limite que nous avions largement dépassée quand nous avons enfin trouvé le point le plus proche pour les ramener.
"Vu que vous avez dépassé l'heure, votre compte est bloqué pendant une semaine." nous dit le monsieur. 
Ah mince, alors... Cela compromettait pas mal nos plans. J'étais prête à repartir à pied, admettant que nous avions à la fois voulu le beurre et l'argent du beurre, sauf que Julia en a décidé autrement. La brave petite s'est lancée dans une longue argumentation, disant que nous étions de pauuuuuvres jeunes touristes ne connaissant pas bien la ville, et que pauuuvres de nous, nous nous sommes perdues, et que ce serait tout de même vaaaachement gentil d'être un peu plus tolérant. A l'entendre, c'était un peu comme si nous avions débarqué la veille. Mais au moins, ce fut efficace. Quelques minutes plus tard, le jeune homme appelait le patron pour demander de débloquer nos comptes. 
Et hop, c'était reparti pour deux heures à vélo ! Après New York, l'Afrique, j'ai eu l'impression de me retrouver à Londres, avec une version plus petite du Big Ben, et un peu plus loin, des gardes en costume traditionnel tenant étrangement la garde devant une plaque honorant les morts de la guerre des Malouines (je ne pense pas que ladite plaque soit susceptible de s'échapper, mais soit !). 


Puis ce fut une petite excursion à Paris avec un parc rappelant les Buttes Chaumont, des immeubles haussmanniens, puis une rue commerçante ultra-chic avec magasins Dior, Lacoste, vendeurs à la sauvette et autres clowns pour divertir les très nombreux visiteurs. Camille, Alex, Antoine, j'arrive !
Une après-midi somme toute très sympathique, les retrouvailles entre Kerjul et le Vélo ont pu donner lieu à un savant cocktail de bonne humeur et de liberté retrouvée ! 

Je finirai juste l'article sur une photo-cliché, car après tout, je ne dois pas oublier que le nom de ce blog est bien "Kerjul and the flower" et non pas "Kerjul et seulement Kerjul".





Note : un ou une après-midi, telle est la question ! (à vrai dire je n'ai jamais su)

samedi 3 septembre 2011

Les joies de l'événementiel !


Je ne croyais pas si bien dire l'autre jour en m'auto-proclamant assistant-pompier du festival - cf article précédent. Deux jours de festival, et déjà deux mini-incendies qu'il a fallu éteindre - oui, "mini" car je crois comprendre qu'ils sont mineurs par rapport à tous les problèmes qu'il peut y avoir dans ce type d'événements.
Le premier, hier, s'est déclenché alors que je me trouvais seule au bureau. Les premières étincelles ont d'abord fait leur apparition en mon for intérieur, quand il a fallu répondre à un téléphone sonnant toutes les trente secondes. Après avoir laissé passer plusieurs appels, fébrile, je me décide enfin à décrocher pour balbutier un "Nueva Mirada buenos dias" peu convaincant. Si la plupart du temps, les informations que j'ai pu fournir ont été particulièrement inutiles - "Victor ? Il n'est pas là...ou alors le classique "Je sais pas je suis stagiaire" - grande a été ma fierté quand j'ai pu indiquer à une dame que tel film passait à tel endroit, tel jour. Ahum, il en faut peu pour être heureux...
Mais ne croyez pas que j'ai loupé l'ouverture du festival - snif snif - pour jouer les standardistes. J'avais une mission de la plus haute importance ! (ou presque) 
Envoyer un coursier chercher le DVD original d'un long-métrage de la compétition projeté le lendemain, puis en faire la copie. Autrement dit, si la mission échouait, le film ne pourrait pas être projeté et des enfants viendraient au cinéma pour rien - pressioooon. 
Après un énorme malentendu avec la fille qui s'occupe de créer lesdits originaux ("Aaaah, je dois envoyer la moto tout de suite et pas à midi !"), je finis par mandater le coursier. Il n'y a plus qu'à l'attendre. J'attends. Une demi-heure. Une heure. Hum, bon ce doit être normal, c'est grand Buenos Aires. Je rappelle l'agence qui a envoyé le coursier. "Il est en chemin, il arrive !" Une autre demi-heure s'écoule. "Oui, oui, il est là dans dix minutes !" Les dix minutes argentines, c'est largement pire que le quart d'heure toulousain. 
Entre temps, Fernando m'explique au téléphone que c'est normal, qu'il faut tout le temps harceler cette agence, qu'il y a toujours des problèmes, et que t'as beau expliquer que c'est urgent, ils n'en ont rien à taper et profitent de l'occasion pour faire le tour du quartier. Les argentins et leur sens de la responsabilité - j'étais pourtant prévenue que c'était un pays de rêvasseurs. J'ai beau le savoir, je tombe des nues un peu plus chaque jour !
A cause de ce petit contretemps, je me lance bien plus tard que prévu dans la vérification du DVD avant de le copier. Et c'est là que les braises qui commençaient sérieusement à chauffer ont déclenché l'incendie. Sous-titres minuscules et quasi-illisibles. Panique à bord. Je me voyais déjà en train attendre un deuxième coursier avec une version corrigée, à minuit, dormant sur ma chaise de bureau. Ou alors j'imaginais la foule venue au cinéma quitter la salle peu après le début de la projection faute de pouvoir suivre le film. 


Piiiiiinpooooon piiiiiinpooooon. Appel catastrophé à la fille qui a eu le malheur de mettre les sous-titres en version Minimoys.
"Ok, et je dois faire quoi alors ?" me dit-elle.
- Mais je sais paaaaaaas !"
Un quart d'heure après - temps record - elle me rappelle pour me dire qu'elle a corrigé la version et que je peux envoyer une autre moto la chercher. L'agence s'occupant des coursiers a dû certainement percevoir la sirène des pompiers dans ma voix soudainement beaucoup plus sèche car la moto est arrivée étonnamment rapidement - preuve que l'autre avait bien pris le temps de flâner. 
Premier incendie maîtrisé. 
Aujourd'hui, la journée avait pourtant bien mieux commencé. Ce n'est qu'à 16h, quand je rejoins Fernando au cinéma que les choses se compliquent. Je m'installe tranquillement dans la salle pour regarder un programme de courts-métrages. 
Autant la séance précédente était blindée d'écoliers, autant là il n'y a que trois personnes dans la salle, des adultes. Alors que je me laissais emporter par le programme que je pouvais enfin regarder tranquillement, voilà que la petite héroïne nommée Pamela se met à parler en mode "Itineris j'te capte plus". 
Bondissant de mon siège, je cours avertir Fernando. Entre temps, le film s'était bel et bien bloqué. On essaie vite de remplacer par la deuxième copie du programme. Cela bloque au même endroit. L'autre gars présent dans la cabine descend expliquer la situation aux trois pelés présents dans la salle. 
Cela aurait pu ne pas être grave si ce n'est que parmi les trois pelés, il y avait deux représentantes d'une chaîne brésilienne venues spécialement du pays voisin pour admirer leur production - qui faisait bien évidemment partie des courts-métrages impossibles à diffuser pour l'heure.
Piiiiiin pooooooooon piiiiiiin poooooooon. Tandis que Fernando leur passe un autre programme de cortos [court-métrages] pour les faire patienter, me voilà de nouveau transformée en apprentie pompier, courant jusqu'au bureau de l'association pour chercher l'original du programme Itineris-jte-capte-plus. Il n'y a que quelques rues qui séparent le cinéma du bureau, mais je peux vous dire que quand tu raisonnes par unité de cortos (comme "dans deux cortos je dois être revenue avec le DVD"), c'est déjà beaucoup trop. Soufflant comme un bœuf, j'arrive juste à temps. On relance à nouveau le programme et puis on jette un rapide coup d'œil sur la salle. Plus personne. Elles étaient parties...


A ce rythme-là, d'ici la fin du festival je crois qu'on pourra me délivrer un diplôme de pompier confirmé !
Oui, oui, j'avais envie de fanfaronner un peu !

jeudi 1 septembre 2011

Rouli l'assistant-pompier

Un mois. Cela fait tout juste un mois que je suis à Buenos Aires. Il s'est passé beaucoup de choses, et en même temps... pas tant que ça. Je me rends compte que la recherche d'appartements a presque viré à l'obsession - la preuve c'est un thème qui se retrouve dans chaque article - si bien que je n'ai pas pris le temps de raconter autre chose. 
Vous l'aurez remarqué, je préfère les articles à thèmes plutôt que les articles chronologiques, qui raconteraient ce que je fais jour par jour, heure par heure. J'ai le goût de l'anecdote, alors je préfère sacrifier une partie de l'histoire pour concentrer tous mes efforts sur la narration de ladite anecdote. J'ai bien dit narration, aussi je tiens à préciser que j'ai une forte tendance à l'exagération et qu'il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre ! Il m'arrive aussi de modifier la chronologie, simplement parce que cela m'arrange dans l'écriture. Enfin bon, pas de panique, tout ce qui se trouve ci-dessous est bel et bien basé sur des faits réels ! Je vous aurait bien eu si ce n'était pas le cas, haha ! D'accord, j'avoue, je n'osais pas dire que je n'avais pas trouvé de stage, alors j'ai voulu faire tout comme...
Tout ce préambule pour expliquer que dans ma tête se bousculent plein d'idées d'articles et que je ne sais par où commencer. Ah, il faudrait que je parle du stage tout de même. Oh et puis le tango aussi ! Et puis aussi...
C'est à ce moment-là qu'il faut allier article à thème ET chronologique. C'est aussi à ce moment-là qu'il faut me dire "Bon stop les réflexions du type bloggueuse influente, accouche sinon j'arrête de lire". (Mode private joke enclenché, oui Alex il fallait bien que j'utilise le terme !)
Demain, jeudi 1er septembre, commence le festival de cinéma Nueva Mirada, para la Infancia y la Juventud


Ouais, cool, et c'est quoi le rapport ?
Le rapport, c'est que je fais justement mon stage au sein de cette association, en tant qu'assistante de programmation. Alors c'est un titre qui déclenche généralement toutes sortes d'exclamations. Waah, la classe ! Oh ça doit être super intéressant ! Mais c'est un festival de ciné... pour enfants ? Le problème c'est que je me suis rendue compte qu'énormément de gens sont venus en Argentine pour étudier le cinéma, si bien qu'il m'est arrivé très souvent de tomber sur des cinéphiles qui croient par conséquent nécessaire de me tenir la jambe pendant une demi-heure pour me parler de je-ne-sais-quel-courant-élitiste-de-cinéma, ponctué d'un "C'est étonnant que tu connaisses pas, c'est français pourtant !". 
Alfajor, l'ennemi du régime selon le Routard
Concrètement, il ne faut pas croire que j'ai eu à moi toute seule le pouvoir de choisir les films du festival. Je suis un peu arrivée après la bataille, toute la programmation était faite. Jusqu'alors, on ne peut pas dire que j'ai eu des tâches à grande responsabilité. Je vous rappelle, vous qui avez peut-être des étoiles scintillantes dans les yeux en lisant les mots "festival de cinéma", que dans toute association il y a des tâches ingrates. La polyvalence, tel est le maître mot. Un jour tu as une personne très influente au téléphone (enfin pas moi, hein) et le lendemain tu te retrouves à porter un million de cartons - contenant des alfajores, sucrerie locale qui sera distribuée aux enfants - parce qu'il n'y a personne d'autre pour le faire. Du coup, moi je n'ai pas de personne influente au téléphone, mais par contre je porte les cartons, oui ! Mais c'est sympa, ça rapproche l'équipe ! J'ai appris à l'occasion que celle qui est sensée être ma tutrice de stage est en fait détestée par les autres membres. Et la présidente, je ne vous dis même pas... Les insultes fusent de partout, et elles sont tellement grossières que je n'ose pas les répéter ici. Je crois que c'est parce qu'elles se contentent d'avoir les ambassadeurs au téléphone et de disparaître subitement quand il faut porter des cartons. 
Enfin, heureusement, je crois qu'ils m'aiment bien. Je suis la petite française qui ne comprend pas tout, qui sourit à tout le monde, un petit peu bébête par moments mais pas bien méchante. La petite protégée, quoi. J'ai eu le droit à plein de petits surnoms. Ma tutrice m'appelle à tour de rôle, corazontesoroamor... Le doyen de l'association me dit tout le temps "Que tal linda/hermosa ?" ou toute autre expression qui pourrait faire penser que je me fais draguer par un mec de 70 ans. Les autres se contentent de Chouliette ou d'un diminutif comme Juli (à prononcer Rouli), bien qu'ils aient laissé tomber ce dernier, constatant que j'avais du mal à me reconnaître comme la chose qui roule-y-roule - ceci-dit encore quelques alfajores et cela devrait pouvoir être le cas.
Aujourd'hui, veille du festival, les assistants de salle sont venus au bureau pour récupérer les 150 DVD que j'avais gravé pour les projections du festival. Fernando les briefe et j'écoute gentiment sans rien dire, comme souvent. J'ai cependant réprimé un sursaut en entendant : 
"Ici vous avez le numéro de Juliette qui va rester au bureau demain pour graver les derniers films. En cas d'urgence vous l'appelez."
Qu... Quoi ? Moi, le pompier de tous ces gens-là ? J'ai eu du mal à garder un sourire naturel quand les regards se sont tournés vers moi. Sur le coup, je devais ressembler à ça :
Sourire ultra-naturel
J'avais pourtant déjà été bien déstabilisée quand Fernando m'avait chargée d'appeler Machine pour savoir si l'original de Un barco al Africa était prêt, et si oui, d'envoyer une moto le chercher, puis de le graver, et tout ça toute seule - oui parce que jusque-là j'étais plutôt l'assistante-assistée il faut l'avouer. Mais ce premier signal ne m'avait pas alertée plus que cela de la future promotion au rang d'assistant-pompier. D'autant plus qu'aujourd'hui j'ai reçu mon beau badge qui titre fièrement "Juliette Kerjean, assistante de programmation". Je crois que je ne pourrai plus marcher demain tellement mes chevilles auront enflé.
Sur ce, je vais me coucher, car Rouli-l'assistante-pompier doit se préparer psychologiquement à cet accroissement soudain de responsabilités.

Enfin, responsabilités...