jeudi 22 septembre 2011

De la milonga à Gotan Project, en passant par les premiers cours de tango...


Cela fait plus d'une semaine que le suspense est à son comble... Que vous trépignez d'impatience en attendant de savoir comment s'est passé ce premier cours de tango et que vous surveillez tous les jours ce blog dans l'espoir d'assouvir votre curiosité. Quoi ? J'exagère ? 
Toujours, voyons ! 
Quoiqu'il en soit, je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de tango ici, et cela fait pourtant entièrement partie de l'Argentine, de Buenos Aires, de son ambiance. Dès le premier week-end j'ai été fascinée, envoutée par cette danse, langoureuse, nostalgique, sensuelle, ou bien parfois dynamique, complice, cela dépend des styles. Je serai restée des heures à regarder tournoyer ce couple à Recoleta, à voir leurs jambes se croiser sans jamais se heurter, avec tant de fluidité et d'élégance qu'on pourrait penser qu'il s'agissait d'une chorégraphie. Sauf que le tango ne se chorégraphie pas, tout est une question de sentiments, de communion entre les deux partenaires, si bien que la fille comprend l'intention de son cavalier sans aucune parole, sans aucun regard - car leurs têtes sont tant rapprochées qu'ils ne peuvent se regarder. 
Autant dire qu'au début, tu restes bouche bée et tu te contentes de penser "Ce serait déjà un miracle si j'arrivais à marcher avec des chaussures comme ça"... Puis tu sautes sur chaque occasion de voir les gens danser le tango. Et il faut dire qu'ici les occasions ne manquent pas ! Chaque jour de la semaine, il doit bien y avoir une dizaine de lieux - sinon plus - à Buenos Aires où se tient une milonga (le nom donné aux soirées où les gens viennent pratiquer le tango au son d'un orchestre). Et il y en a pour tous les goûts. 
Depuis la plus traditionnelle - où les hommes s'assoient d'un côté et les femmes de l'autre - jusqu'aux plus modernes, où l'orchestre joue du tango nuevo dans un lieu plus underground. Je dois avouer que nous n'avons pas encore osé mettre les pieds dans les milongas traditionnelles. 
La Catedral, milonga style "under"
Les lieux plus under et plus jeunes, par contre, oui ! Et chaque fois, nous repartions avec des étoiles dans les yeux, répétant le même refrain "il faut qu'on apprenne, au moins il faut essayer" ! 
Plusieurs fois, des monsieurs en quête de cavalières nous ont invité à danser. Nous refusions gentiment, n'osant pas nous lancer sur la piste de danse sans au moins avoir appris la base antérieurement. Et il faut savoir que les argentins sont têtus. Lors de l'ouverture du festival international de tango, nous avons bataillé pendant près d'un quart d'heure avec un gars de 80 piges qui n'en démordait pas. La semaine suivante, lors de cette milonga "under y joven", Julia s'est laissée entraîner sur la piste de danse, et au bout de trois morceaux, son cavalier lui déclarait quasiment sa flamme : "Que dois-je faire pour conquérir le cœur d'une brésilienne ? Si no puedo verte más, me voy a morir !" (si, si, je vous jure, cette fois-ci je n'exagère pas !)
Nous sommes donc prévenues. L'Argentine, c'est la passion. Le tango en est l'expression. Et il ne faut pas croire que c'est un truc de vieux, une tradition qui se perd. Non, le tango est vivant, et il est multiple ! 
Il n'y a qu'à voir le groupe Gotan Project, qui s'amuse à associer tango et DJ, tango et rappeurs, tango et batterie ! Evidemment, ce n'est pas par hasard que je me mets à parler de ce groupe - qui a l'air d'être plus connu en France qu'en Argentine, soit dit en passant. Dès que nous avons vu qu'il passait à Buenos Aires, nous nous sommes empressées d'acheter les places ! Si bien que jeudi dernier, nous étions dans une salle immense, le Gran Rex, à l'avant-dernier rang, pour assister au show de Gotan Project. A ma grande surprise, je me suis rendue compte que tous les français ou presque de Buenos Aires avaient décidé de faire de même. Je jette un coup d'œil au flyer, et je vois qu'un des musiciens s'appelle Philippe Cohen. Ah ouais, d'accord, je vois. T'es grillé mon coco, en plus d'être français, tu m'as bien l'air d'être breton !
Gotan Project, jeudi dernier au Gran Rex
Enfin bon, le groupe avait beau être composé seulement pour moitié d'argentins, cela n'empêchait pas le spectacle d'être absolument génial ! Je crois pouvoir me déclarer aujourd'hui amoureuse du tango, sous toutes ses formes ! Il y a quelque chose de fascinant là-dedans, quelque chose qui s'avère difficile à expliquer avec des mots.
Et donc, le cours de tango, me direz-vous ? J'y viens, j'y viens ! Il y a un peu plus d'une semaine, nous avons enfin pris notre courage à deux mains pour assister au cours de tango qui précédait la milonga du café Vinilo. L'avantage, c'est qu'il s'agissait de l'inauguration d'une nouvelle milonga (et une de plus sur la liste déjà longue !), le risque d'arriver au sein d'un groupe déjà formé se trouvait donc écarté.
Enfin, sauf si nous arrivions en retard... Ce qui a été le cas, naturellement - ce genre d'habitude s'acquiert malheureusement très vite. Mais qu'importe, par chance il y avait des cavaliers de libres. Je me suis donc retrouvée aux bras d'un jeune porteño aussi barbu que Che Guevara (sinon plus), charmant toutefois, et qui a su me mettre en confiance pour esquisser mes premiers pas. 
Et c'est là que je me suis rendue compte que... En fait, ce n'est pas si difficile que cela. Pour la fille, du moins. Si tu tombes sur un mec qui sait déjà un peu danser, il n'y a plus qu'à se laisser guider. Bon, bien sûr, ce n'est pas pour autant que tu sais tout de suite faire des tours de passe-passe avec tes pieds et qu'il n'y a pas quelques petits accrocs de temps en temps... Mais il arrive que tu te surprennes toi-même, qu'à un moment, hop, le mec tourne un peu le torse et tu te mets à faire naturellement un pas que tu n'as jamais appris de ta vie ! Très instinctif, comme danse, en fait. Cette soirée-là, j'ai eu l'occasion de danser avec quatre personnes, et chaque fois c'était différent. 
J'ai dansé avec le Che !
Le premier partenaire, le Che Guevara barbu, même s'il n'était pas un danseur confirmé, savait écouter la musique et me faire sentir facilement quel pas il souhaitait exécuter, c'était donc une manière très agréable de débuter. Le deuxième, c'était le prof, qui jouait aux bouche-trous pour danser avec les filles se retrouvant seules. Ce fut bref, mais instructif. Normal, c'est le prof, et en plus de danser comme un dieu, il savait se mettre au niveau de ses élèves. 
Je découvris plus tard, après le cours, que mon troisième cavalier s'avérait être le saxophoniste de l'orchestre de la milonga. La classe ! Sauf que visiblement, il était bien plus doué pour jouer le tango que pour le danser. Débutant lui aussi, c'est là que tu te rends compte que dès que ton cavalier galère un peu, hé bien toi aussi tu sors les rames. On ne peut pas dire qu'on soit parvenus à quelque chose de très harmonieux, mais au moins on a essayé. Le quatrième cavalier était en fait le premier partenaire de Julia, d'un âge plus avancé, et bien qu'il affirmait savoir "très peu" danser, il en savait suffisamment pour savoir te guider parfaitement. C'est avec lui que je me suis retrouvée à faire des pas inconnus de façon plutôt naturelle !
Vu comme ça, je donne l'impression d'avoir dansé toute la soirée, mais en fait pas vraiment. Une heure de classe, une petite danse juste après, et le reste du temps nous l'avons passé à écouter l'orchestre jouer et regarder les quelques danseurs passionnés sur la piste de danse. Ce qui était tout aussi agréable !
Cette semaine nous avons voulu tester un autre type de cours, plus institutionnel, au sein d'une école de danse. Arrivant de nouveau avec 1/2h de retard - cela commence à devenir une habitude ! - nous nous sommes rendues compte que le professeur nous attendait. En effet, nous étions les seules élèves... Heureusement pour nous, il fut compréhensif (c'est dingue comme le trafic routier est dense à cette heure-ci !), et nous avons commencé aussi sec le cours. Autant la fois précédente nous avions dansé de manière très instinctive, intégrées à un groupe au niveau très hétérogène, autant là nous avons vraiment pu apprendre la base, décortiquer chaque mouvement, chaque transfert de poids d'un pied à l'autre (très important apparemment), et c'était tout aussi intéressant ! Sont arrivées peu de temps après deux autres brésiliennes, de passage à Buenos Aires pour apprendre l'espagnol et le tango. Ce quasi cours particulier fut vraiment à la hauteur de nos espérances, le professeur, qui s'avère en fait être un banquier consacrant son temps libre au tango, étant à la fois sympathique, pédagogique et didactique (allez, une petite rime au passage !). 
Maintenant, je peux enfin dire que c'est parti ! Kerjul va apprendre le tango, elle est très enthousiaste et très motivée ! Ceci-dit, la route est encore longue avant d'en arriver là : 



PS : Je dois tout de même préciser que les photos de La Catedral et de Gotan Project ne sont pas de moi.

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