lundi 12 septembre 2011

L'invasion des chinois


Certes, cela peut sembler une évidence de dire que les chinois ont envahi le monde. Mais je dois avouer que j'ai été surprise de constater qu'ils avaient aussi envahi Buenos Aires, et pas qu'un peu ! 
Il y a une proportion incroyable de chinois dans cette ville, et c'est possible que je revienne en France en ayant davantage mangé chinois qu'argentin. J'ai mis quelques temps à comprendre que quand quelqu'un disait "me voy al chino" [je vais au chinois], cela pouvait signifier deux choses - toutes deux en relation avec la bouffe, évidemment.
1. Premièrement, "Je vais à la supérette du coin de la rue". Oui, car ici, TOUTES les supérettes sont tenues par des chinois. Ce sont elles qui sont ouvertes le dimanche et parfois tard le soir, et on en trouve quasiment à chaque esquina [coin de rue], autant dire que c'est bien pratique. Il est donc courant de parler de "son chinois", car oui, tu as tendance à te l'approprier puisque tu le voies tous les jours ou presque pour acheter du lait ou des oeufs. 
Si certains ont parfaitement réussi leur intégration, d'autres ne connaissent que les chiffres en espagnol, afin de réclamer leur dû à la caisse. C'est d'ailleurs une source de grande frustration pour certains argentins qui aimeraient bien établir un lien un peu plus fort avec ces personnes qui font partie de leur quotidien. Une simple question comme "cela fait combien de temps que tu es à Buenos Aires ?" (et certainement que cela doit faire un bout de temps) et voilà que la petite asiatique perd son flegme légendaire et lance de silencieux appels au secours de ses yeux bridés. 


J'ai moi-même été confrontée à quelques soucis de communication avec "mon chinois". J'arrive à la caisse avec, entre autres, une bouteille de Quilmes (la bière argentine). Et voilà que mon chinois me pose une question que je ne comprends pas. Je lui demande de répéter, ce qu'il s'empresse de faire, mais cela ne permet pas plus d'éclairer ma lanterne. Et il répète, une fois, deux fois, trois fois... Toujours le même mot, mais impossible de comprendre. Je ne sais pas, dans ces cas-là, tu essaies de te faire comprendre par d'autre moyens, tu formules ta phrase autrement, tu gesticules, et AU PIRE tu fais un dessin. Mais non, lui répétait inlassablement la même chose, en montrant successivement du doigt le ticket qu'il venait d'imprimer et la bouteille de Quilmes. "Quoi, vous voulez savoir si j'ai le droit de boire de la bière ?" lui dis-je, mais devant ses gesticulations je comprends que ce n'est pas ça. 
J'ai finalement appris plus tard qu'il essayait désespérément de me faire comprendre que si je ramenais la bouteille vide ultérieurement, je n'aurais pas à payer le prix de la bouteille de la prochaine Quilmes, mais seulement le contenu... 


2. Ensuite, "me voy al chino" peut signifier "je vais au fast-food du coin". Sauf que fast-food n'est pas vraiment le terme exact pour décrire ces petits restaurants chinois, souvent végétariens (en sachant qu'ici végétarien veut surtout dire qu'il y a beaucoup de légumes, on ne va pas aller jusqu'à supprimer la viande voyons !), où la nourriture est à emporter. Car si la nourriture est bien fast, elle reste par contre plutôt saine. Et c'est là qu'on voit que les chinois sont très forts et qu'ils comprennent très vite les mœurs d'un pays. 
En France aussi il y a des petits restaurants chinois. Sauf que les chinois de France ont compris que la culture française appréciait d'avoir une table pour s'asseoir et un peu de vin, même lors de la pause-déjeuner en semaine. Pas question de se presser, le repas c'est sacré ! 
En Argentine, c'est un peu différent. Etant donné que les gens débarquent au travail entre 11h et midi, le concept de pause-déjeuner devient par conséquent un peu absurde. Alors quand on a un creux, on fait un saut au chinois et on revient manger au bureau devant son ordinateur. Les chinois d'Argentine se sont donc remarquablement bien adaptés à ce mode de vie. Tu arrives, tu prends une barquette en plastique, tu te sers de riz, nouilles chinoises, légumes, viande sucrée-salée ou ce que tu veux, tu pèses, tu payes et tu repars. En cinq minutes c'est plié. Mais le plus surprenant, c'est que dans ces fast-food chinois, qui regorgent aussi dans chaque rue près des bureaux, tu peux aussi trouver des empañadas, des milanesas et autres classiques de la nourriture argentine. Aaaaaah, décidément, ils ont tout compris ces chinois !
Alors, évidemment, comme toute grande ville qui se respecte, Buenos Aires possède son quartier chinois. Rien à voir avec celui de New York - le seul que je connaisse à vrai dire -  celui-ci se résume à trois cuadras. Mais nous avons choisi le bon moment pour y aller, dimanche dernier, car c'était jour de fête (pour la pleine lune si j'ai bien compris) ! Une fois de plus, le symbole d'une invasion - heu pardon d'une intégration - réussie des chinois. Au milieu de la foule, on pouvait admirer des dragons et autres bestioles étranges, au son de quelques tambours et gongs. 
Et puis de la nourriture à s'en faire exploser le ventre, bien sûr... Comme nous nous étions déjà gavées auparavant lors d'une fête brésilienne pour célébrer l'indépendance (rien à voir mais tout aussi blindé de monde et de mets locaux), nous nous sommes contentées de faire le plein de nouilles chinoises et de sushis - oui les sino-argentins ont aussi compris que la plupart des gens avaient tendance à mettre dans le même sac chinois et japonais -  dans une des épiceries spécialisées. Epicerie qui proposait aussi des empañadas, bien sûr, on n'est pas à une contradiction près. 
Et à propos de contradiction et de mélanges insolites, le festival de la lune s'est terminé sur quelque chose de très étrange... Un groupe de musique, entièrement composé d'asiatiques, qui jouait... du tango. Et des danseurs, eux aussi asiatiques, qui enchaînaient gracieusement les pas de cette danse ô combien sensuelle, qu'on a donc du mal à associer avec les asiatiques, pas vraiment réputés pour être des séducteurs irréductibles et démonstratifs. Et cela se défendait vraiment pas mal ! 
Me voilà rassurée, si les chinois aussi se mettent à danser le tango, je n'ai plus aucune raison de ne pas me jeter à l'eau. Et d'ailleurs... Premier cours de tango ce soir ! 


3 commentaires:

  1. Je suis novice.
    J'aimerai connaitre l'origine de "la fleur"!
    trés importante pour qu'elle te suive jusqu'en argentine.
    Bisous et continue à nous régaler.
    Monique

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  2. C'est justement l'objet de la page nommée "avant-propos" ! (pas évidente à trouver, je le conçois)

    http://kerjul-and-the-flower.blogspot.com/p/avant-propos.html

    Bisous !

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  3. Merci pour les explications au sujet de "la fleur".
    Je trouvais aussi qu'il y avait une similitude avec le nain d'Amélie.
    Bisous

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