mercredi 23 mai 2012

Quoi ? Tu travailles alors que t'es en Erasmus ?


Quand je raconte ma mobilité par-ci, par-là, et que j'explique que oui, à Maastricht, cela bosse sec et que cela laisse peu de temps pour autre chose, je fais face à la même surprise. 
"Quoi ? Tu travailles alors que t'es en Erasmus ?"

Car bien sûr, la vision traditionnelle de l'étudiant Erasmus c'est un peu celle de l'Auberge espagnole, c'est la dolce vita, c'est les soirées à gogo, les rencontres multi-nationalités, c'est les vacances prolongées, les voyages.... Et parfois, c'est aller en cours et travailler. Mais un petit peu, hein, pas trop non plus ! Faut les ménager les étudiants étrangers car ils sont avant tout là pour découvrir un autre pays, une autre langue et une autre culture ! Alors ne les surchargeons pas de travail, les pauvres, ils ont déjà suffisamment à faire comme ça !
Et même si beaucoup d'étudiants Erasmus dispersés dans le monde pourront vous confirmer cette vision, ben... à Maastricht, ce n'est pas le cas. Ici, pas de traitement de faveur pour les étudiants étrangers, tu suis les mêmes cours que tout le monde, avec les mêmes examens et les mêmes exigences. 
Et à l'University College of Maastricht, il y en a des exigences ! Ils n'ont qu'un mot à la bouche : PBL
Hein, késakoquesquecestjcomprendspasProblem Based Learning. C'est le nom de leur système pédagogique, situé à des millions d'années lumière du notre. Le professeur descend de son pied d'estal pour ne devenir qu'un simple tuteur, qui n'est plus là pour diffuser son savoir mais plutôt pour guider les étudiants dans leur apprentissage. L'idée de base est plutôt bonne : lors d'une pré-discussion, les étudiants, guidés par l'un d'entre eux (le discussion leader) discutent et donnent leurs impressions sur un sujet. Etant donné qu'ils sont encore ignorants sur ce sujet, ils se rendent compte de ce qu'il leur reste à apprendre et définissent des learning goals. En quittant le cours, ils doivent lire et étudier la littérature choisie par le prof (souvent une bonne centaine de pages) pour combler leur ignorance et répondre aux learning goals. Ensuite vient la post-discussion, menée par le même discussion leader, lors de laquelle les étudiants répondent à leurs objectifs, éclaircissent les points obscurs, soulignent les difficultés et tutti quanti. Evidemment, tout le monde doit avoir lu les textes, et tout le monde doit participer. Chaque cours est composé d'une post-discussion et d'une pré-discussion qui amènera à la post-discussion du cours suivant, etc.

La Common Room à l'UCM
A raison de deux meetings par semaine et par cours, autant vous dire que le temps qui est laissé pour lire la littérature est très court et que ça va très vite ! En deux-trois jours, tu as globalement 200 pages à lire en anglais, à comprendre et à maîtriser en vue de pouvoir participer en cours, auxquels s'ajoutent facilement des devoirs périphériques comme des présentations (ils kiffent l'oral ici) ou des papers

Donc je ne vous le cacherai pas, j'ai beau être étudiante Erasmus, je bosse. Cela fait même longtemps que je n'ai pas autant bossé, tiens ! 
Alors évidemment, cela a des inconvénients. Pour pouvoir partir en voyage ou juste en week-end, il faut soit sacrifier la semaine précédente pour s'avancer le plus possible, soit accepter de se sentir complètement misérable et larguée la semaine suivante, tout en essayant clopin-clopant de rattraper le retard. (Ceci-dit, je vous rassure, ça se fait)
Heureusement, c'est quand même chouette ce qu'on étudie (et là c'est le paragraphe où maman saute de joie). A part le smkjffmsoijfesomijefs de cours de statistiques qu'on est obligées de prendre (d'autant plus cruel qu'on ne peut même pas jouer au passager clandestin en cours), le reste est plutôt sympa. 
Cultural Studies. Le cours avec le tuteur le plus bisounours que j'ai jamais vu. Rien que pour lui faire plaisir, tu as envie de te faire violence et de te lancer dans une tentative d'explication sociologico-compliquée-en-anglais, aussi vaine soit-elle ! Et puis c'est assez fun, car au niveau du contenu, tu en arrives à étudier très sérieusement des trucs comme ça : 
La sexualisation des publicités et les relations de pouvoir entre hommes/femmes, hétéro/homo
La contre-hégémonie des stéréotypes raciaux dans South Park
Le rapport de Facebook à l'individu
Oui, oui, j'ai bien fait une dissertation sur Johnny Depp !
(et sur la façon dont il incarne le concept de Judith Butler sur la performativité des genres)
Le plus hallucinant, c'est le nombre d'articles académiques qui existent sur des sujets improbables ! Après, évidemment, je vous donne les exemples les plus attrayants, et cela ne doit pas trop vous convaincre qu'on travaille sérieusement... et pourtant !
Film Art. Il fallait bien que je continue dans la lancée de cette mobilité avec un cours sur le cinéma. Enfin, rectifions, pas sur l'histoire du cinéma, mais plutôt sur l'analyse de films. Les traditionnels amphis sont remplacés par des séances cinéma style Utopia, les traditionnels articles académiques à lire sont remplacés par un livre nous parlant de mise-en-scène, cinématographie, lumières, décors, costumes, montage, son, style, etc. Et les traditionnelles post-discussions sont remplacées par les présentations d'étudiants sur l'analyse d'un fragment de film ! 

Alors c'est du boulot, mais j'avoue, c'est quand même chouette !
A l'heure qu'il est, je suis à la veille de mes examens (enfin, des examens de ma deuxième période, car vu qu'ils ne font pas comme tout le monde ici, leur semestre est divisé en trois périodes). Et je viens de finir mes derniers devoirs, soit un exposé en Cultural Studies sur la représentation de l'Afrique dans un musée paumé des environs, et le mfosijfmsoijefsoij de devoir-de-statistiques-qui-nous-a-pris-trois-plombes.
Il me reste alors six petit jours pour :

- Ecrire l'analyse entière du film que j'ai choisi, soit La vie des Autres (que je vous conseille vivement au passage !). 5000 mots.
- Ecrire trois petits essays pour l'examen de Cultural Studies. Sujets et nombre de mots encore inconnus.
- Réviser le sfmoijmsiejfsmij d'examen de Research Method (je crois que vous avez compris que j'a-do-re ce cours).
Easy. Top chrono, le compte-à-rebours est lancé. Après cela... retour à Toulouse pour une semaine de vacances !

jeudi 17 mai 2012

Les Pays-Bas célèbrent leur Reine et la France... son nouveau Président !


30 avril 2012 - 6 mai 2012.
A peine six petits jours séparaient les deux dates, et pourtant, entre les deux... deux mondes, deux cultures, deux fêtes nationales ! J'ai eu la chance de me trouver à chaque fois dans le bon pays au bon moment, ou devrais-je même dire... dans la bonne capitale au bon moment ! 
Telle une petite souris fouineuse, j'étais là, petite française égarée quelque part entre les Pays-Bas et la France. Car certes, il faut certainement être hollandais pour pouvoir humer pleinement l'essence du Queen's Day. Côté français, il faut certainement avoir vécu le battage médiatique de la campagne, avoir assisté à des meetings, avoir senti à la fois de l'excitation, de la lassitude et de l'impatience pour pouvoir vivre le 6 mai 2012 avec une telle intensité. Etant donné que je ne suis pas hollandaise et que mon seul lien avec la campagne présidentielle française s'est établi derrière un écran d'ordinateur, j'étais donc comme une petite souris qui fait à la fois partie du monde qui l'entoure et à la fois se retrouve dans une position d'observateur. 
Je dirais qu'il y avant tout trois points communs entre les deux événements : 1) C'est blindé de monde. 2) La ville semble paralysée et ne vivre que pour cet événement. 3) C'est une personnalité politique qui est célébrée par une nation.
Amsterdam, le 30 avril

Paris, la Bastille, le 6 mai
Vous qui êtes certainement plus familier avec les présidentielles françaises qu'avec la Reine des Pays-Bas ("Ah bon, ils ont une reine ?"), vous avez aussi dû vous poser la question "mais pourquoi diable sont-ils tous habillés en orange ?". Oui parce que les couleurs du drapeau hollandais, sont les mêmes que les nôtres, rouge, blanc, bleu. Même si j'y comprends rien à l'histoire de leur pays, il me semble qu'à un moment donné ils ont eu un roi qui s'appelait Guillaume d'Orange, et puis voilà... c'est resté. Et puis, un jour, ils ont eu une reine qui était née un 30 avril, et ils se sont dit que c'était une bonne date pour faire la fête, et ils l'ont gardée, malgré le fait que leur reine actuelle soit plutôt née en février. (Oui, oui, je ne vais pas faire semblant d'être une experte, je serais vite démasquée)
En ce lundi 30 avril, nous avons donc pris le train en direction d'Amsterdam. Une double-excitation se faisait sentir car non seulement c'était la première fois que nous allions mettre les pieds dans la capitale, mais en plus c'était le fameux Queen's Day ! Arrivées là-bas, nous avons rapidement pu nous munir d'un collier à fleur orange, histoire de ne pas faire trop tâches, et hop, c'était parti pour explorer la ville sous un beau soleil (je dirais presque "soleil de plomb", c'est que nous ne sommes malheureusement plus habituées à le voir, ce fourbe !).
Que d'animation, que de bonne humeur, que de partage ! Nous avions déjà remarqué que les hollandais étaient très gentils, qu'ils aimaient se rassembler pour faire la fête dans un mélange de générations comme au Carnaval, mais il nous manquait le Queen's Day pour définitivement confirmer cette impression. En ce jour férié, chacun a sa petite activité. Tandis que les jeunes déambulent sur les canaux en bateau avec une grosse sono, d'autres, plus ou moins jeunes, s'installent devant leur maison pour vendre leurs cup cakes maison (sur lesquels se dresse généralement un petit drapeau hollandais) ou pour faire leur vide-grenier. A chaque coin de rue se trouve une buvette à ciel ouvert car il semble bien que dans cette partie de l'Europe, comme chez les belges ou les allemands, on aime la BIERE. Une bière qui est aussi parfois accompagnée d'un fond musical typiquement dutch que nous avions déjà expérimenté au Carnaval, vous savez, le genre de chansons nationales ultra-ringardes que chaque habitant connait malgré tout par cœur ! Mais bon, elles apportent tellement de bonne humeur à ce peuple déjà souriant qu'on ne peut que finir par les apprécier, voire même les retenir ! 
A un autre coin de rue, un petit garçon joue Amélie Poulain sur le piano familial installé dehors pour l'occasion. Encore un peu plus loin, deux petites filles en tutu exécutent une chorégraphie de danse classique soigneusement étudiée, sous les applaudissements admiratifs des passants. 
Au fur et à mesure que nous déambulons dans la ville, chaque nouvelle découverte nous laisse un peu plus émerveillées : une scène flottante sur laquelle joue un groupe de musique, un stand à mojitos déambulant, un mec à vélo tenant tranquillement sous son bras une planche de bois de plusieurs mètres de long tout en discutant avec un copain, etc.
Puis nous arrivons dans un parc, à la fois kermesse des enfants où toute l'imagination est mobilisée pour attirer le passant, à la fois scène ouverte pour groupes de musique en herbe et à la fois lieu de détente pour piétons fatigués. Et les fameuses tulipes, bien sûr ! Non loin de là, la jeunesse dorée d'Amsterdam fait aussi la fête sur une péniche, chacune faisant la concurrence à celle d'à côté pour le prix imaginaire de la meilleure ambiance. La journée touchant à sa fin, c'est d'ailleurs cette dernière ambiance, celle de la grosse sono et des jeunes prêts à danser toute la nuit, qui commence à prendre le dessus. Malheureusement, la petite souris ne pourra pas trop vous en dire plus car il fallait bien qu'elle rentre à Maastricht ! 


Le dimanche suivant à Paris, le 6 mai, donc, fut tout aussi intense, pour d'autres raisons toutefois.
Outre l'élection présidentielle, une des premières choses qui m'a choquée en retournant en France, c'est... une certaine impression de pauvreté. Paris a son côté splendide, sa belle architecture, ses commerces appétissants. Mais Paris a aussi son côté misérable, ses pauvres qui font désespérément la manche dans le métro, ses laissés-pour-compte. Ce n'est pas nouveau, certes, mais cela m'a fait réaliser que je n'ai jamais croisé un seul SDF à Maastricht... Diantre, qu'est-ce que ça veut dire ? Il n'y a pas de pauvres aux Pays-Bas ? C'est vrai, quand j'y pense, cette ville de Maastricht représente un peu ce genre de société idéalisée. Tous ces gens à vélo, courtois, heureux, pas stressés, dans un style tout-va-pour-le-mieux-dans-le-meilleur-des-mondes. Il y a quelque chose de bizarre...
Et puis, j'ai réalisé autre chose, en me baladant avec Gaëtan à travers les magnifiques passages couverts de Paris, et en atterrissant dans un quartier sûrement inconnu des touristes, très vivant, très populaire, et aussi très multiculturel. Tu traverses un passage, et tu es au Maroc. Tu en traverses un autre, tu es en Afrique noire. Et le suivant, tu es en Inde. Juste un peu plus loin, il y a un marché couvert, rempli de produits on ne peut plus français. Cela a fait jaillir une autre question dans mon esprit : ils sont où les blacks aux Pays-Bas ? Et les beurs ? Pas dans le centre de Maastricht en tout cas (peut-être davantage à Amsterdam ?). Je sais que je touche un sujet sensible, qui donne lieu à beaucoup de divergences et de batailles politiques, et je ne vais pas rentrer là-dedans parce que ce n'est pas trop ma tasse de thé. Mais c'est quelque chose qui m'a marquée... Toute cette richesse culturelle, à quelques mètres d'écart.

Du point de vue d'une française expatriée (d'une petite souris), j'ai trouvé la France très divisée, et quelque part cela m'a attristée. Ce 6 mai était un peu comme une fête nationale, mais au fond, elle n'a rassemblé qu'une partie de la population. Et elle a déçu une autre partie de la population, voire a suscité sa haine. Ceci-dit, il y avait aussi de la haine du côté des "vainqueurs". A la Bastille, j'ai retrouvé cette France multiculturelle, et malgré l'impression de rassemblement, de joie libératrice, il y avait aussi beaucoup de rancœurs en toile de fond... Il y a du boulot.
Mais enfin, laissons de côté la petite souris à ses sombres observations, et retrouvons plutôt notre protagoniste, la Juliette qui était toute contente d'être à Paris en cette date historique. Car à ce moment-là, cette dernière était loin de se poser toutes ces questions, elle vivait pleinement l'instant présent, heureuse d'être avec son chéri et toute excitée de vivre sa première élection présidentielle en tant que citoyenne majeure dotée du droit de vote.
A 20h, au moment de l'annonce des résultats, nous n'étions ni devant le poste de télévision, ni rue Solférino, mais... à l'Olympia ! Car en ce jour à haute signification politique, le non-moins politisé Stéphane Guillon donnait la dernière représentation de son spectacle. 

Le spectacle commençant à 17h, nous étions loin de penser être encore dans la salle trois heures après... Mais le coquin a bien joué son coup. Une première partie laissée aux mains de musiciens humoristes et virtuoses, une petite demi-heure d'entracte, et hop, le compte à rebours est lancé, à coup de blagues osées et provocantes, et d'éclats de rire d'une salle conquise par avance. Aaah, il était à la fois triste et excité, le Stéphane Guillon ! Le pauvre, que va-t-il faire s'il ne peut plus se moquer de Sarkozy ? Bah, je lui fais confiance pour rebondir, lui qui a magiquement réussi à croquer François Hollande en le transposant ironiquement dans le monde de Oui-Oui. 
A 19h55, la salle frémit d'impatience... Il ne va pas nous faire louper les résultats quand même ? Mais non, voyons ! A 19h57, après une dernière petite pique à l'attention de Marine Le Pen, il s'installe devant le vieux poste de télé qui trônait sur la scène depuis le début, et l'image de David Pujadas apparait projetée au fond. A 20h, la voix de ce dernier est largement couverte par les explosions de joie retentissant dans la salle. Applaudissements enthousiastes, c'est un triomphe pour le nouveau président mais aussi pour Stéphane Guillon qui se met à distribuer des roses dans le public. 
Nous nous empressâmes ensuite de rejoindre la Bastille, après avoir acheté le champagne (enfin, hum, le vin mousseux). Il nous fut impossible de retrouver les copains pour cause de réseau saturé, mais la soirée n'en fut pas moins célébrée, soyez rassurés :)

mercredi 2 mai 2012

Flashback argentin


Juste un petit article pour vous faire partager cette vidéo consacrée à un des derniers voyages réalisés en Argentine en décembre dernier : deux parcs nationaux, le parc Talampaya et le parc Ischigualasto, aussi appelé "Vallée de la Lune" (vous comprendrez rapidement pourquoi !).
Parfois quatre minutes de vidéo peuvent en dire aussi long que des grands discours, alors pour une fois, ce sera bref, place aux images !