samedi 27 août 2011

Adepte des faux-départs ?

Pour l'instant je laisse le point d'interrogation. Mais j'espère grandement que d'ici demain je pourrais répondre "non" !
Je dois avouer que jusqu'à présent, j'ai eu pas mal de plans qui sont tombés à l'eau. 
1. D'abord il y a eu le départ raté à l'aéroport de Toulouse - au passage je n'ai finalement eu aucun problème en arrivant à Buenos Aires et mon visa est toujours aussi inexistant qu'il y a un mois.
2. Ensuite la propriétaire de la chambre que j'avais quasi-réservée m'a fait le coup de "finalement l'ancienne locataire a décidé de rester", alors que j'avais transféré ma valise de l'auberge à la résidence spécialement dans l'attente de pouvoir emménager dans cette chambre, deux semaines après. Mon erreur a été de faire un peu trop confiance au "quasi".
3. Ouf, par chance, je trouve un appart - bien meilleur, haha - prêt à être emménagé justement le jour où je suis sensée quitter la résidence ! C'était presque trop beau pour être vrai, aussi je m'attendais à un autre rebondissement. Et j'ai eu raison.

Dimanche dernier, première désillusion. J'avais visité l'appartement la veille, et depuis lors je ne me déplaçais qu'avec un immense sourire sur le visage, chantonnant à moitié et prête à entamer une danse avec le premier venu. C'était la dernière petite poupée russe, et je me félicitais d'avoir attendu, galéré, espéré, déchanté, car enfin, je savourais la victoire. Dimanche, je visite à nouveau avec Julia pour lui montrer ma trouvaille. 
"En fait, vous ne pouvez louer que deux mois, peut-être trois, car j'ai la fille d'une amie allemande qui vient, blablabla..." nous dit le propriétaire. Ah... Je n'avais pas compris ça hier. Tant pis, on prend quand même !
Lundi, toutes deux perchées sur notre petit nuage, nous allons fièrement donner une caution au proprio en attendant d'emménager le week-end. Deuxième désillusion. Le petit nuage devient subitement un peu plus gris.
"En fait vu que c'est du logement temporaire, il faut tout payer en avance, soit les deux mois plus l'équivalent d'un mois pour la caution. Vous devrez donc donner ce week-end.... 1950 dollars."
Ah... Heuuuu... Tant pis, on prend quand même ! 
A partir de là s'est engagée une grande bataille avec banques françaises et argentines. J'ai laissé l'épée à mes parents pour la première estocade côté français. Il s'agissait de rehausser le plafond exceptionnellement-siouplait-madam', afin de pouvoir dépenser beaucoup-beaucoup cette semaine sans mourir de faim les jours suivants pour cause de plafond atteint. Quand cette première embuscade fut menée avec succès, je pensais la partie gagnée. Douce illusion !
Maintenant, je me sens un petit peu comme ces généraux français qui pensaient gagner la 1ère Guerre mondiale en quelques jours à peine. C'est pourtant l'heure de creuser les tranchées. 
Des dollars.... Sacrés américains, ils ont le don de toujours mettre tout le monde dans le pétrin, où qu'on soit ! Je pensais pourtant qu'il était facile de retirer des dollars en Argentine. J'sais pas moi, l'Amérique latine c'est un peu la chasse gardée des States, sur certains distributeurs ils te demandent si tu veux retirer des dollars ou des pesos, et puis cela semble courant d'exiger un loyer en dollars par ici. Me fondant sur tous ces arguments, je m'en vais hier - jeudi - retirer ces dollars. Premier distributeur, zut ça marche pas. "Disculpa, pero en este momento no se puede hacer la operacion[Désolé, mais il n'est pas possible de faire cette opération pour l'instant]. Deuxième distributeur, même message. Troisième distributeur, ne distribue pas de dollars. Quatrième... BON, ok, je lève le drapeau blanc, chacun peut retourner dormir tranquille dans ses tranchées pour cette nuit.
Aujourd'hui - vendredi, merci Juliette pour ce rappel calendaire - j'arrive relativement sereine au stage, certaine de pouvoir gagner la partie d'ici demain (le général français, vous dis-je !). Je parle vaguement de l'échec de la veille, n'y prêtant pas trop attention (toujours le général), et là, je m'étonne de l'agitation que provoque mes propos. C'est que c'est compliqué de retirer des dollars, me dit-on, il faut soit changer les pesos dans un bureau de change, soit aller à ta banque, les distributeurs automatiques, cela ne marche pas. 
"D'accord, et quels sont les horaires des banques ?" ai-je alors demandé, pas véritablement ébranlée car de toute manière je peux toujours retirer une partie aujourd'hui et l'autre demain (malgré tous les efforts de mes parents, il n'est pas possible de retirer tout en même temps).
"De 10h à 15h, mais pas le week-end." me répond-on.
Et là, c'est ce qu'on appelle une "attaque par derrière". Je crois que je ne comprendrai jamais rien à ce rythme argentin... Comment se fait-il que dans une mégapole comme celle-ci, qui semble être éveillée 24h/24, où les taxis et bus roulent toute la nuit, les banques aient des horaires d'ouverture si restreints ? Quel est ce paradoxe ? Là, les banques marquent un point, me voilà obligée de reculer mes tranchées de 50 mètres. Vu l'heure (13h15), j'étais même prête à signer l'armistice. Mais non, je me lance dans une dernière attaque désespérée, et fonce dans un taxi pour aller à Supervielle Banco, succursale de la-banque-en-noir-et-rouge-dont-je-ne-dirai-pas-le-nom. Enfin, foncer... Disons plutôt s'engouffrer dans le trafic surchargé de l'avenue Corrientes. 
"Vous pouvez retirer 2000 pesos aujourd'hui, mais il faudra attendre lundi pour le reste." me dit-on là-bas. 
"Mais je veux des dollars, idiot !" lui réponds-je. Enfin non, en fait je m'écrase et perds encore du terrain au niveau des tranchées.
"Pour retirer des dollars, il faut un compte ici. - Mais j'en ait un ! - Hé non mademoiselle, maintenant cette banque est indépendante de la mère française. Il faudra aller au bureau de change qui est en face" explique le monsieur, avec cet air faussement désolé des banquiers. 
Première file d'attente du type Sécurité sociale pour les pesos, puis deuxième file d'attente en face pour les dollars. Un monsieur s'impatiente. "C'est parce que c'est l'heure du déjeuner" explique une des deux hôtesses, qui doivent se charger à elles seules de la trentaine de clients. Je regarde ma montre. 15 heures. Ah ben oui, forcément...
Après toutes ces péripéties, je fais un peu moins la fière en marchant dans la rue. Non seulement je n'ai que la moitié de ce que je dois donner, mais en plus cela ne me rassure pas, mais alors pas du tout, de me promener avec autant d'argent liquide. Heureusement, c'est l'hiver, et mon visage crispé peut tout aussi bien exprimer la lutte engagée contre le froid. 
De retour au stage, je vois un message de Julia, qui dit qu'elle non plus n'a pas pu retirer les dollars. La partie était quasiment perdue, je m'apprêtais à signer l'armistice pour déménager lundi au lieu de dimanche (pas grand chose me direz-vous, mais à deux jours de l'ouverture du festival, il y a certainement mieux à faire lundi que de passer deux heures dans les banques puis de déménager).
Sauf que dans une guerre, ce qui fait gagner, ce ne sont pas les victoires militaires - comme celle entre les banques et Kerjul - mais un changement de contexte. J'appelle le propriétaire, et je ressors mon argument choc qui avait déjà servi face au videur de la boîte qui me demandait mon passeport : "Oh-pardon-je-savais-pas-je-suis-française". Là en l'occurrence, la petite variante portait sur les horaires d'ouvertures des banques. Si bien qu'à force de gémissements et autres négociations, le proprio a fini par accepter qu'on paye les 3/4 manquants en pesos. Et le voici, le changement de contexte qui fait gagner une guerre !
YES. Cependant je ne crie pas victoire trop vite, car demain il va falloir retirer les pesos manquants, et peut-être que les banques, mises à l'agonie, consacreront leur dernier effort à nous barrer la route. Un peu comme Madame Marchal qui aurait passé les dernières minutes de sa vie à écrire avec son sang "Omar m'a tuer". 
Ce ne serait que le troisième faux départ, après tout.

PS : Toujours aussi longs les articles, pourtant je vous assure que cela n'est pas mon intention au départ !

2 commentaires:

  1. Qu'est ce que je me gausse en te lisant... Tu ne changeras donc jamais.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Juliette, Laurent a vraiment eu une bonne idée en nous communiquant les coordonnées de ton blog.
    Quel plaisir de te lire, tu as un vrai talent pour raconter tes aventures,c'est vrai " à la guerre comme à la guerre ".
    J'espère qu'un de tes articles nous apprendra un de ces jours ce que tu fais exactement pendant ton stage.
    Ici, dans la campagne bretonne, la vie continue, Pappy Jean vient la semaine prochaine en tracteur récupérer deux porcelets pour la charcuterie familiale, ceci pour me situer car je vais essayer de publier ce petit commentaire.
    Gros bisous pommeritains, Marie Paule.

    RépondreSupprimer