Quand je raconte ma mobilité par-ci, par-là, et que j'explique que oui, à Maastricht, cela bosse sec et que cela laisse peu de temps pour autre chose, je fais face à la même surprise.
"Quoi ? Tu travailles alors que t'es en Erasmus ?"
Car bien sûr, la vision traditionnelle de l'étudiant Erasmus c'est un peu celle de l'Auberge espagnole, c'est la dolce vita, c'est les soirées à gogo, les rencontres multi-nationalités, c'est les vacances prolongées, les voyages.... Et parfois, c'est aller en cours et travailler. Mais un petit peu, hein, pas trop non plus ! Faut les ménager les étudiants étrangers car ils sont avant tout là pour découvrir un autre pays, une autre langue et une autre culture ! Alors ne les surchargeons pas de travail, les pauvres, ils ont déjà suffisamment à faire comme ça !
Et même si beaucoup d'étudiants Erasmus dispersés dans le monde pourront vous confirmer cette vision, ben... à Maastricht, ce n'est pas le cas. Ici, pas de traitement de faveur pour les étudiants étrangers, tu suis les mêmes cours que tout le monde, avec les mêmes examens et les mêmes exigences.
Et à l'University College of Maastricht, il y en a des exigences ! Ils n'ont qu'un mot à la bouche : PBL.
Hein, késakoquesquecestjcomprendspas ? Problem Based Learning. C'est le nom de leur système pédagogique, situé à des millions d'années lumière du notre. Le professeur descend de son pied d'estal pour ne devenir qu'un simple tuteur, qui n'est plus là pour diffuser son savoir mais plutôt pour guider les étudiants dans leur apprentissage. L'idée de base est plutôt bonne : lors d'une pré-discussion, les étudiants, guidés par l'un d'entre eux (le discussion leader) discutent et donnent leurs impressions sur un sujet. Etant donné qu'ils sont encore ignorants sur ce sujet, ils se rendent compte de ce qu'il leur reste à apprendre et définissent des learning goals. En quittant le cours, ils doivent lire et étudier la littérature choisie par le prof (souvent une bonne centaine de pages) pour combler leur ignorance et répondre aux learning goals. Ensuite vient la post-discussion, menée par le même discussion leader, lors de laquelle les étudiants répondent à leurs objectifs, éclaircissent les points obscurs, soulignent les difficultés et tutti quanti. Evidemment, tout le monde doit avoir lu les textes, et tout le monde doit participer. Chaque cours est composé d'une post-discussion et d'une pré-discussion qui amènera à la post-discussion du cours suivant, etc.
![]() |
| La Common Room à l'UCM |
A raison de deux meetings par semaine et par cours, autant vous dire que le temps qui est laissé pour lire la littérature est très court et que ça va très vite ! En deux-trois jours, tu as globalement 200 pages à lire en anglais, à comprendre et à maîtriser en vue de pouvoir participer en cours, auxquels s'ajoutent facilement des devoirs périphériques comme des présentations (ils kiffent l'oral ici) ou des papers.
Donc je ne vous le cacherai pas, j'ai beau être étudiante Erasmus, je bosse. Cela fait même longtemps que je n'ai pas autant bossé, tiens !
Alors évidemment, cela a des inconvénients. Pour pouvoir partir en voyage ou juste en week-end, il faut soit sacrifier la semaine précédente pour s'avancer le plus possible, soit accepter de se sentir complètement misérable et larguée la semaine suivante, tout en essayant clopin-clopant de rattraper le retard. (Ceci-dit, je vous rassure, ça se fait)
Heureusement, c'est quand même chouette ce qu'on étudie (et là c'est le paragraphe où maman saute de joie). A part le smkjffmsoijfesomijefs de cours de statistiques qu'on est obligées de prendre (d'autant plus cruel qu'on ne peut même pas jouer au passager clandestin en cours), le reste est plutôt sympa.
Cultural Studies. Le cours avec le tuteur le plus bisounours que j'ai jamais vu. Rien que pour lui faire plaisir, tu as envie de te faire violence et de te lancer dans une tentative d'explication sociologico-compliquée-en-anglais, aussi vaine soit-elle ! Et puis c'est assez fun, car au niveau du contenu, tu en arrives à étudier très sérieusement des trucs comme ça :
![]() |
| La sexualisation des publicités et les relations de pouvoir entre hommes/femmes, hétéro/homo |
![]() |
| La contre-hégémonie des stéréotypes raciaux dans South Park |
![]() |
| Le rapport de Facebook à l'individu |
![]() |
| Oui, oui, j'ai bien fait une dissertation sur Johnny Depp ! (et sur la façon dont il incarne le concept de Judith Butler sur la performativité des genres) |
Le plus hallucinant, c'est le nombre d'articles académiques qui existent sur des sujets improbables ! Après, évidemment, je vous donne les exemples les plus attrayants, et cela ne doit pas trop vous convaincre qu'on travaille sérieusement... et pourtant !
Film Art. Il fallait bien que je continue dans la lancée de cette mobilité avec un cours sur le cinéma. Enfin, rectifions, pas sur l'histoire du cinéma, mais plutôt sur l'analyse de films. Les traditionnels amphis sont remplacés par des séances cinéma style Utopia, les traditionnels articles académiques à lire sont remplacés par un livre nous parlant de mise-en-scène, cinématographie, lumières, décors, costumes, montage, son, style, etc. Et les traditionnelles post-discussions sont remplacées par les présentations d'étudiants sur l'analyse d'un fragment de film !
Alors c'est du boulot, mais j'avoue, c'est quand même chouette !
A l'heure qu'il est, je suis à la veille de mes examens (enfin, des examens de ma deuxième période, car vu qu'ils ne font pas comme tout le monde ici, leur semestre est divisé en trois périodes). Et je viens de finir mes derniers devoirs, soit un exposé en Cultural Studies sur la représentation de l'Afrique dans un musée paumé des environs, et le mfosijfmsoijefsoij de devoir-de-statistiques-qui-nous-a-pris-trois-plombes.
Il me reste alors six petit jours pour :
- Ecrire l'analyse entière du film que j'ai choisi, soit La vie des Autres (que je vous conseille vivement au passage !). 5000 mots.
- Ecrire trois petits essays pour l'examen de Cultural Studies. Sujets et nombre de mots encore inconnus.
- Réviser le sfmoijmsiejfsmij d'examen de Research Method (je crois que vous avez compris que j'a-do-re ce cours).
Easy. Top chrono, le compte-à-rebours est lancé. Après cela... retour à Toulouse pour une semaine de vacances !







Après l'effort le réconfort, on t'attend bien sûr à bras grands ouverts à Toulouse. Bonne dernière semaine et à très bientôt :).
RépondreSupprimerGros bisous !
Alors va travailler au lieu d'écrire des conneries !
RépondreSupprimer:D