Car entre temps, il s'en est passé des choses. Après avoir fini la semaine d'examens sur les rotules, le retour à Toulouse a fait office de libération. La chaleur, le soleil, les briques rouges, l'accent du Sud ! Grillades, baguette, pâté, saucisson, fromage, terrasses, un vrai retour aux sources. On a même réussi à me traîner pour voir la demi-finale de rugby, c'est dire ! Mais à peine arrivée, aussi vite repartie, un passage express à Paris, et c'est de nouveau Maastricht sous la pluie.
S'il n'y avait que la pluie qui tombait à Maastricht, cela irait, mais j'ai aussi la désagréable impression qu'un nuage de galères nous suit en permanence. Le lundi de notre retour, plus qu'un nuage de galères, c'était carrément une pluie glacée de mauvaises nouvelles.
Vous vous rappelez du cours détesté de statistiques de l'article précédent ? Initialement, nous étions sensées passer notre mois de juin à développer un projet sur les bases de ce cours. Je crois que depuis que j'ai passé le bac scientifique, j'ai un quota très limité de nombre d'heures à consacrer aux sciences, et ce quota a déjà été largement atteint à Maastricht. Alors au lieu de subir, autant agir ! C'est ainsi que nous avions fait les démarches avec Camille pour changer notre projet de juin et faire à la place un projet-débat, bien plus en accord avec nos goûts.
Parfait ! Sauf que là, bim bam boum, catastrophe, le cours désiré est déjà plein à craquer. Booon, tant pis, on n'a qu'à en faire un autre ou au pire, retourner dans le projet de stats ! Sauf que nous oublions un petit-mini-détail-maxi-important : ici à Maastricht, c'est marche ou crève, tu t'adaptes ou c'est tant pis pour toi. Autrement dit, si tu veux changer de cours et si ça ne marche pas, c'est de ta faute, tu n'avais qu'à pas vouloir changer, tu n'as qu'une seule chance, tu perds ta place dans le cours de stats, tu perds 5 crédits, tu rates ton semestre et TOUT LE MONDE S'EN TAPE.
Voilà, en gros, c'était la conclusion de ce lundi pluvieux à Maastricht, après avoir fait la tournée des bureaux de la fac, après avoir pleuré et supplié la frigide administration d'avoir pitié de deux pauvres étudiantes Erasmus qui avaient eu le malheur de se tromper dans leurs choix de cours un an auparavant. Rien à faire.
Heureusement, il y a eu une lueur d'espoir lors de cette journée morose. Pas du côté de la fac, non, faut pas rêver. Une lueur d'espoir représentée par la joie de vivre brésilienne, une lueur d'espoir qui a un nom, Julia. Oui, oui, je vous parle bien de la Julia qui fut ma colocataire à Buenos Aires ! Grâce à une promotion sur les billets d'avion et grâce à la spontanéité typique de son pays, celle-ci avait planifié au dernier moment de voyager en Europe, et de passer à Maastricht. C'est un peu le début de mobilité qui en rattrape la fin !
Et ma foi, cela faisait drôlement du bien de se remémorer les bons moments passés dans la capitale argentine, au moment même où la ville du traité européen nous en faisait voir de toutes les couleurs ! Sa présence et nos balades ensemble adoucirent un peu nos dures négociations avec Sciences Po et l'University College.
Et ma foi, cela faisait drôlement du bien de se remémorer les bons moments passés dans la capitale argentine, au moment même où la ville du traité européen nous en faisait voir de toutes les couleurs ! Sa présence et nos balades ensemble adoucirent un peu nos dures négociations avec Sciences Po et l'University College.
Cependant, à peine fut-elle repartie que la réalité nous rattrapa à grands pas. Nous essuyâmes un énième refus de l'administration maastrichtienne, qui cette fois s'adressait directement à Sciences Po, suite à leur courrier demandant poliment de nous laisser faire ce dsmljfsmklj de cours.
Bon. Dans ces cas-là, je dois avouer que tu te dis : OH ET PUIS MERDE. La situation est tellement absurde que tu te sens obligée de relativiser.
D'accord, tu loupes ton semestre pour un stupide problème administratif.
D'accord, tu as travaillé intensément pendant quatre mois et tes efforts ne sont même pas récompensés.
D'accord, tu vas devoir faire un stage supplémentaire pour valider ce semestre.
Oui, tu trouves la situation injuste. Oui, tu en arrives à ne plus supporter cette ville.
MAIS au lieu de brûler la fac, d'insulter tout le monde et de jeter dans la Meuse ton vélo qui s'est encore cassé, tu encaisses, et tu te dis "Ooh mais du coup on est en vacances anticipées, autant en profiter pour voyager !".
Les voyages forment la jeunesse, dit le dicton. L'adversité est un maître spirituel, ajoute Frédéric Lenoir dans son Petit traité de vie intérieure. Dans ce cas, Maastricht aura été pour moi le meilleur maître spirituel qui soit.
Alors c'est dans ce contexte particulier que nous avons découvert Bruxelles, puis Amsterdam, et Utrecht. Du soleil, du vent, des rires, des détails amusants, la vie des gens qui se déroule sous tes yeux, l'envie de découvrir, l'amusant moment où tu t'imagines vivre dans cette ville. Le paisible flottement des canaux à Amsterdam, la découverte d'une façade bruxelloise animée par le pinceau d'un dessinateur de BD, se joindre à la vie nocturne d'Utrecht, guidée par une vieille amie connue deux ans auparavant.
C'était bien. C'était presque comme un rêve. Et chaque retour à Maastricht faisait l'effet d'un réveil brutal, sous la pluie, comme si quelqu'un s'amusait à te réveiller en te balançant un seau d'eau à la figure. Tu te balades dans la ville, et tu as la désagréable impression que malgré cinq mois passés ici-bas, tu ne te sens toujours pas chez toi. Le moral est comme le temps, changeant. Un jour il pleut, le lendemain il fait beau. Tu ne sais jamais, et tu te demandes toujours quel temps il fera demain.
Mais dans trois jours, c'est fini. Dans trois jours, je quitterai ma petite chambre aux murs gris et au carrelage froid. Dans trois jours, je me serai débarrassée de mon vélo pourri. Dans trois jours, je prendrai le train pour la dernière fois au départ de Maastricht. Dans trois jours, je partirai une dernière fois vagabonder en Hollande, et ce sera encore comme un rêve, sauf que cette fois, il n'y aura pas le réveil désagréable à Maastricht.
Alors, vivement dans trois jours.
Salut Juliette,
RépondreSupprimerEt la fleur dans tout cela, que devient'elle ?
Je vois que l'année scolaire se termine alors je voulais juste te remercier pour tes écritures divertissantes et te souhaiter tout plein de nouvelles aventures,
A un de ces jours,
Marie Paule
La fleur a eu un peu de mal à se faire une place aux Pays-Bas malheureusement !
SupprimerDans tous les cas, merci pour tous tes commentaires super sympa tout au long de cette année, et à bientôt en Bretagne !
Moi aussi je me suis régalée .
RépondreSupprimertu racontes si bien.
Surtout , ne changes pas.
Et , je pense que tu nous feras revivre "La Fleur" sous d'autres cieux
Bisous et à bientôt
Monique
Merci Monique, ce fut un plaisir de recevoir tes commentaires aussi !
SupprimerBises