A cette heure-ci, je devrais normalement être en train de gambader joyeusement dans Buenos Aires, les yeux étincelants d'excitation, prête à capter tous les détails de la ville dans laquelle je passerai 5 mois. Oui oui, je romance un peu, c'est pour accentuer le côté mélo-dramatique de ce qui va suivre, j'aime bien ce côté tragédie grecque qui t'annonce d'une voix de bande-annonce hollywoodienne "C'est ton destin" (suivi de tatatataaa).
Sauf que... Je suis encore à Toulouse.
Hier, je débarquais à l'aéroport toute guillerette, contente de démarrer enfin l'aventure. Malgré tout, j'étais consciente que j'allais certainement connaître des galères... Et je ne croyais pas si bien dire, elles arrivèrent bien plus tôt que ce que je pensais.
A l'enregistrement, je tendis toute fière mon billet d'avion et mon passeport. Je perdis bien vite le sourire quand l'hôtesse d'Air France me demanda mon visa. J'avais vérifié l'information il y a quelques mois, ce n'était plus très clair dans ma tête, mais il me semblait bien qu'il s'obtenait une fois sur place, et se prolongeait au bout de trois mois. Sceptique, elle partit vérifier l'information, pendant que je lançais des regards de détresse à mes parents, qui commençaient à regretter de m'avoir laissé gérer ça toute seule.
"Certains pays délivrent bien des visas sur place, mais ce n'est pas le cas de l'Argentine. Vous devez avoir votre visa avant de partir." déclara la bonne femme au retour, sans manifester la moindre compassion à mon égard, malgré le fait que je me sois subitement transformée en mollusque pâlichon incapable de parler.
La suite, je ne la compris pas vraiment. On nous parlait d'aller au comptoir d'Air France pour changer le billet d'avion, puis d'appeler l'ambassade pour demander un visa en urgence. J'entendais tout ça, mais je ne l'intégrais pas. Dans ma tête, il fallait que je parte, aujourd'hui, et ça n'était pas possible autrement.
Je suivis le mouvement vers le fameux comptoir d'Air France, complètement sonnée. Je voyais mon père négocier pour changer le billet qui, à la base, n'était pas modifiable, mais je n'écoutais pas, sans quoi je me serai sûrement jetée sur son interlocuteur pour l'étrangler (rien que ça, oui).
Pendant ce temps, je cherchais désespérément dans mes mails quelque chose qui aurait pu montrer que le visa s'obtenait sur place. Mais rien, j'avais lu l'info sur internet, et je n'avais pas internet.
"C'est bon, le billet est changé, tu pars le 2 août, mardi prochain." me dit mon père. C'est à ce moment-là que j'ai percuté que réellement, je ne pouvais pas partir là-maintenant-tout-de-suite. Dur. Très dur. Heureusement que Julie et Marie-Lys, qui étaient à la base venues pour me voir partir, ont compris qu'il fallait enclencher la-machine-à-dire-des-conneries pour m'arracher un rire de temps en temps, au milieu des sanglots.
A ce moment-là, le faux départ était d'autant plus cruel que je pensais qu'il avait lieu par ma faute. Comment avais-je pu passer à côté d'un truc aussi énorme ? De retour à la maison, je regardai ma mère appeler l'ambassade, les seuls mots que j'arrivais à dire n'étant que des insultes ou des vulgarités. Mon taux de vulgarité ne fit qu'augmenter quand je vis ceci sur le site de l'ambassade d'Argentine :
Tous comptes faits, le problème venait de là :
Et allez, retour à l'aéroport pour essayer de modifier le billet retour. Une fois de plus, j'ai laissé mes parents agir avec tact et diplomatie afin de ne pas leur crier à la figure "Sans votre connerie j'aurai pu partir espèces de msliejfsmoijmlkfse". La gentille msliejfsmoijmlkfse nous a gentiment changé le billet retour (au moyen d'une gentille carte bleue, tout de même).
Il ne nous restait plus qu'à improviser un petit restau afin de fêter mon joyeux non-départ, à l'image du joyeux non-anniversaire dans Alice au Pays des Merveilles !
Il ne nous restait plus qu'à improviser un petit restau afin de fêter mon joyeux non-départ, à l'image du joyeux non-anniversaire dans Alice au Pays des Merveilles !
Allez, c'est pas si grave, on remet ça le 2 août !
(C'est marrant, il m'a toujours fait peur, ce dessin animé, je comprends mieux pourquoi maintenant)


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